XXIX

Un disciple de Faust frappe à la porte. Méphistophélès revêt la robe et la figure du docteur; il reçoit l'étudiant; il répond à ses questions sur la logique, la métaphysique, la jurisprudence, la médecine, en embrouillant tellement la tête du jeune homme de définitions scolastiques et absurdes que Pascal lui-même ne démontrerait pas mieux le néant emphatique de l'esprit humain et la vanité sonore de ce que nous appelons savoir. «Mon cher ami, finit-il par dire à l'écolier stupéfait, la théorie est grise et l'arbre de la vie est vert; cueillez ses fruits. Va maintenant, ajoute-t-il à part et à voix basse; crois dans ton orgueil que tu es semblable à Dieu, qui sait le bien et le mal; suis ce vieux dicton de ton cousin le serpent. Ta prétendue ressemblance avec Dieu pourra bien t'inquiéter quelque jour!»

Il rentre ensuite auprès de Faust et l'emmène, en brillant équipage, à travers le monde, qui ne le reconnaît plus. La toile tombe.

XXX

Encore un changement de scène; on est transporté dans une taverne de débauchés à Leipzig. Les convives boivent, chantent, se racontent leurs amours.

Méphistophélès entre avec Faust, lie conversation avec ces buveurs; il fait jaillir pour eux tous les vins qu'ils désirent du bois de la table; puis il allume une flamme qui leur brûle les doigts, et s'envole, en se moquant d'eux, hors de la tabagie. «Voilà, mes amis, ce que c'est qu'un miracle!» dit-il en riant.

Les deux personnages, l'un menant l'autre, apparaissent ensuite dans un long sabbat de sorcières, vaine imitation de Shakspeare, puérilité poétique grotesque de détails, qui n'est propre qu'à amuser l'imagination d'enfants ou de la populace dans un conte de fée. Les esprits sérieux se détournent de ces débauches d'imagination, qui ne servent qu'à détruire la belle illusion du drame pathétique dans lequel nous allons enfin entrer.

XXXI

Attention! nous y voici.

On est dans une rue de la ville; Marguerite passe seule et les yeux baissés auprès de Faust.