La toile tombe sur l'éblouissement et l'hésitation de la pauvre enfant. La toile se relève sur Faust et Méphistophélès qui causent ensemble.

—«Pensez donc, dit Méphistophélès avec humeur; la parure que je m'étais procurée pour Gretchen, un prêtre l'a escamotée.» La mère vient à découvrir la chose; aussitôt un frisson la prend, la pauvre femme. Elle a toujours son front plongé dans son livre de prières; elle flaire un à un tous les meubles pour s'assurer si l'objet est saint ou profane; elle sentit donc clairement que l'objet n'apportait pas grande bénédiction dans sa maison. «Mon enfant, s'écria-t-elle, bien mal acquis pèse sur l'âme et brûle le sang. Consacrons ceci à la Mère de Dieu, et la manne du ciel descendra sur nous.» La petite Marguerite fit un peu la moue. «Il ne peut être impie, dit-elle, celui qui a si galamment apporté cette cassette ici.» La mère fait venir un prêtre: il leur promet toutes les joies du paradis et les laisse tout édifiées.—«Et Gretchen? demande Faust.—«Elle est maintenant inquiète, agitée, ne sait ni ce qu'elle veut ni ce qu'elle doit, rêve nuit et jour aux bijoux, et bien plus à celui qui les a apportés!»—Faust supplie Méphistophélès de lui procurer un autre écrin plus riche pour remplacer celui que la mère de Gretchen a enlevé à sa bien-aimée.

XXXV

Le lieu change; on est dans la maison d'une voisine pauvre, à laquelle Marguerite vient raconter naïvement qu'elle a trouvé une seconde cassette pleine de merveilles dans son armoire.

—«Ne va pas le dire cette fois à ta mère,» lui recommande la voisine; «elle la porterait encore en présent à l'église.»

La voisine ajuste la parure au front, au cou, aux doigts de Marguerite.—«Quel dommage, dit la belle enfant, de ne pouvoir ainsi me montrer ni dans la rue ni dans l'église!—Viens me voir souvent, lui dit la voisine; là tu pourras t'en parer en cachette et te promener une petite heure devant le miroir.»

La scène est délicieuse d'enfantillage d'un côté, de bavardage de l'autre.

Méphistophélès l'interrompt en paraissant. Il semble frappé de respect à la vue de Marguerite étincelante de bijoux; il raconte à la voisine que son mari absent est mort à Padoue, laissant un trésor, et comment il peut lui amener un témoin de sa mort, le soir, dans son petit jardin derrière la maison, pourvu que la charmante Marguerite s'y trouve aussi à la nuit tombante. Il obtient ainsi par astuce une entrevue de Marguerite et de Faust. L'innocente jeune fille y consent par obligeance pour la voisine, sans prévoir le piége.

Faust, prévenu par Méphistophélès du rendez-vous promis, s'y rend avec son guide satanique. La scène dans le jardin de la veuve est une délicieuse pastorale de l'Éden, dont Méphistophélès, qui converse avec la veuve, est le serpent sous l'herbe.

XXXVI