«Là où le pin élancé et le peuplier à l'écorce blanche aiment à entrelacer leur ombre propice sous leurs rameaux, là où la source vive et murmurante s'efforce de creuser un lit oblique à ses eaux légèrement agitées sur sa pente.

«Là fais apporter les vins, les parfums, les roses, hélas! trop courtes de vie, tandis que ta fortune, ta jeunesse et les fils noirs sur le fuseau des trois sœurs (les Parques) le permettent encore.

«Il faudra les laisser, ces vastes et délicieux jardins, ce palais, cette maison des champs baignée par les eaux jaunissantes du Tibre! Il faudra les laisser, et ces richesses, élevées jusqu'au comble de l'opulence, deviendront la proie d'un héritier.

«Que tu sois riche ou né de la race antique d'Inachus, ou pauvre et issu d'une famille obscure qui supporte le poids du jour, tu mourras victime dévouée au dieu qui ne pardonne pas. Nous sommes tous chassés vers le même but par la mort; plus tôt ou plus tard, notre sort est agité dans la même urne; il en sortira, ce jour qui nous condamne à entrer tous dans la barque de notre éternel exil!»

La mélancolie de l'avenir, cette ombre qui sert à relever les courtes félicités du présent, fut-elle jamais plus inextricablement mêlée aux images de la volupté et de l'opulence? La philosophie sortit-elle jamais plus inattendue et plus funèbre du plaisir, comme le serpent de Cléopâtre de son panier de fleurs?

XIV

La petite ode à Posthumus est une répétition de la même tristesse exprimée en vers qui semblent fuir d'eux-mêmes le temps dont ces vers retracent la fuite insensible.

«Posthumus! Posthumus! les années glissent en nous entraînant, etc., etc.» Et après une énumération éloquente de la vanité de nos prières et de nos efforts pour ralentir cette fuite du temps qui nous rapproche de la mort:

«Il faut quitter cette terre, cette maison, cette épouse chérie; et, de tous ces arbres que tu plantas avec tant d'amour, aucun autre que le cyprès funèbre ne suivra hors de ton enclos son maître d'un jour!»

Sa philosophie, commode et modeste, éclate dans la plupart de ces odes en vers à demi-voix qui ont le charme de son caractère; les images dans lesquelles il symbolise cette modération des vœux de l'homme, pour que ces vœux ne soient pas plus vastes que la vie humaine qui les trompe tous, sont restées immortelles et proverbiales chez tous les poëtes venus après lui.