Ailleurs c'est une larme versée dans le sein de Virgile sur le sort d'un ami commun, Quinctilius. Chacun de ces vers est resté une épitaphe sur le tombeau des hommes de bien enlevés à l'amitié.
Plus loin ce sont des vœux modérés du poëte, adressés à ses dieux le jour où il leur consacre un autel. «Pour moi, dit-il après avoir parlé de toute l'opulence qu'il ne désire pas, les olives de mon verger, la chicorée, les mauves légères suffisent à mes repas, fils de Latone; mes vœux se bornent à jouir en paix du peu que je possède, à me bien porter, à conserver mon âme tout entière, à ne pas traîner une misérable vieillesse, et à jouer encore jusqu'à la mort avec la lyre!»
Plus loin le ton change; c'est une invocation martiale à la Fortune en faveur d'Auguste et des Romains qui vont combattre en Asie les Parthes. Rien ne surpasse, dans la poésie grecque, l'énergie descriptive de ces jeux de la Fortune qui joue avec les trônes, qui élève et abaisse à son caprice les heureux.
«Puis le vulgaire, dit-il, et la parjure courtisane (la Fortune) se retirent en arrière de celui qu'elle a abandonné; et, quand les tonneaux sont vidés avec la lie, les faux amis s'enfuient, bien décidés à ne pas s'associer au joug du malheur pour en partager le poids!... Ô Fortune! reforge sur une nouvelle enclume le tranchant des armes de Rome contre ses ennemis!»
Mais, plus sensible au beau qu'au patriotisme, le voilà qui chante l'héroïque suicide de la reine d'Égypte, Cléopâtre, se réfugiant dans la mort, après sa flotte détruite, contre la vengeance des Romains.
«Mais elle ne s'effraye pas, comme une faible femme, d'une épée nue, elle ne cherche pas sur ses vaisseaux des rivages inconnus pour y abriter sa peur; elle a le courage de rentrer d'un front serein dans son palais en deuil, de manier sans pâlir de venimeux reptiles et d'en faire couler le poison mortel dans ses veines. Rendue plus fière par la certitude d'une mort volontaire et délibérée, elle ravit à nos vaisseaux victorieux l'orgueil d'emmener une reine supérieure à sa destinée au char des triomphateurs à Rome!»
XIII
Les conseils d'une mâle vertu s'allient dans ces odes aux grâces de décentes faiblesses. Quelle ode philosophique moderne égale en sérénité et en flexibilité de poésie l'ode à Délius?
«Souviens-toi de conserver une âme toujours impassible dans les circonstances pénibles de ta vie, de même que de la conserver inaccessible à l'enflure et à l'orgueil de la prospérité, ô Délius qui dois mourir!
«Qui dois mourir, soit que tous tes jours se soient écoulés dans la tristesse, soit que tu aies passé tes jours de fêtes mollement étendu sur l'herbe des prairies solitaires, réconforté et assoupi par le nectar d'un falerne vieilli dans tes celliers!