«La flamme des Grecs dévore déjà les toits des palais d'Ilion!»
Rome ne pouvait se méconnaître dans Ilion menacée des flammes. Quiconque a lu cette ode vraiment pindarique ne peut refuser à Horace les ailes de Pindare, si le voluptueux Romain avait voulu livrer plus souvent ses ailes légères au souffle du lyrisme politique ou du lyrisme sacré. Sa corde, ordinairement molle et tendre, devenait d'airain quand il voulait parler à la patrie, au lieu de roucouler pour ses amours ou de badiner pour ses amis.
XII
Lisons encore. Voici une invitation à Mécène pour le convier à venir boire, à l'humble table du poëte, un vin grossier de Sabine, cacheté par lui dans une amphore grecque le jour où Mécène, guéri d'une maladie dangereuse, avait été acclamé par le peuple en reparaissant au Cirque. Horace, avec le cœur d'un ami et avec le bon goût d'un homme de cour, rappelle ainsi à Mécène un honneur public dans une familiarité privée.
Voilà une anecdote de sa vie de laboureur à Ustica, dont il fait la commémoration à son voisin Fuscus, et dont il profite pour faire une déclaration de constance à celle qu'il aime: c'était alors Lalagé.
«Un jour que, dans les bois de la Sabine, je m'égarais sans armes hors de mes sentiers ordinaires jusqu'au fond des forêts, distrait de tout autre souci que de célébrer dans mes vers ma chère Lalagé, un loup m'apparaît et s'enfuit loin de moi. Mais quel loup! Jamais un monstre pareil ne sortit des forêts de la belliqueuse Apulie ni des déserts arides d'Afrique où le royaume de Juba enfante des lions!»
Tout à coup, comme si tout ramenait sa pensée errante à celle qu'il aime:
«Placez-moi, s'écrie-t-il, dans ces contrées septentrionales où jamais l'haleine d'un été ne vivifie dans les champs engourdis un arbuste printanier, où les frimas et les nuées pèsent éternellement sur les flancs de la terre; placez-moi sous le char du soleil trop rapproché, où ne s'élève aucune habitation humaine: j'aimerai toujours Lalagé au doux sourire, Lalagé au doux parler!»
D'autres odes de ce genre ne sont qu'une légère caresse en vers à quelque charmante enfant qui a attiré en passant ses regards; telle est ce sourire poétique à la jeune Chloé.
«Tu me fuis, Chloé, pareille au jeune faon qui cherche à travers les montagnes escarpées sa mère inquiète, et que le frémissement des feuilles et l'ombre de la forêt font bondir d'effroi: soit qu'un frisson du rameau froisse les mobiles feuillages, soit que les verts lézards écartent le buisson, le cœur lui bat et ses genoux tremblent. Suis-je donc un tigre ou un lion de Gétulie qui te poursuit pour te broyer? Cesse enfin de suivre ainsi pas à pas ta mère, toi déjà mûre pour être aimée d'un époux.»