L'histoire du royaume de Sicile n'est pas l'histoire du royaume de Naples; l'histoire de Naples n'est pas l'histoire de Rome; l'histoire de Rome n'est pas l'histoire de Florence; l'histoire de Florence n'est pas l'histoire de Venise; l'histoire de Venise n'est pas l'histoire de la république de Gênes; l'histoire de la république de Gênes n'est pas l'histoire de la Lombardie; l'histoire de la Lombardie n'est pas l'histoire de la maison de Savoie. Vouloir démêler et recomposer une histoire générale de l'Italie avec ces éléments distincts, opposés, antipathiques, c'est vouloir renouer les tronçons du serpent coupé par le Bas-Empire d'abord, par l'Europe ensuite, par l'Italie elle-même, enfin. Il y a sept ou huit Italies, voilà la vérité historique. Or, mentir à la vérité historique, est-ce faire de la politique italienne? Non, c'est faire de l'illusion piémontaise. Ombre, cela s'évanouira comme une ombre. L'Italie ne sera ressuscitée que par elle-même et sous la forme vraie que deux mille ans, la nature, les mœurs lui donnent, c'est-à-dire sous la forme de CONFÉDÉRATION ITALIQUE.
Un roi du sabre ne réussira pas plus qu'un Mazaniello sans couronne à faire de la diversité de deux mille ans une unité d'un jour.
Tout est obstacle à l'unité monarchique de l'Italie; tout est moyen et prédisposition pour une Italie confédérée.
XIII
Le premier de ces obstacles à une monarchie unique de l'Italie, c'est que l'Italie, quoique monarchique dans quelques-uns de ses États, est républicaine dans son histoire et dans sa renaissance, après les invasions et les reflux des barbares.
Rome, la grande Italie antique, était une république représentative; la liberté et le pouvoir s'y maintenaient en équilibre par la pondération d'un sénat et des comices, d'une aristocratie héréditaire et d'une plèbe.
L'habitude du régime républicain y avait tellement passé dans les mœurs, qu'après les empereurs auteurs de la servitude et de la décadence, l'Italie renaquit partout de ses cendres sous la forme républicaine: république en Sicile, en Calabre, en Campanie, à Naples, république à Rome sous la domination des papes, république à Sienne, république à Lucques, république à Pise, république à Florence, république à Gênes, république à Venise, républiques presque partout.
Ce n'est qu'après l'introduction des troupes mercenaires sous les condottieri étrangers ou indigènes que ces républiques, opprimées par les soldats aux gages de leurs plus ambitieux citoyens, se transforment en petites tyrannies militaires et monastiques, sous les titres de royaume de Naples, de duchés, de comtats, de marquisats.
Ailleurs la féodalité militaire, monarchique, descendit des Alpes en Italie avec les ducs de Savoie, les marquis de Montferrat, les Suisses, les Allemands: la tyrannie vient du Nord, où les hommes sont plus braves que libres et éclairés.
Mais encore les grandes républiques, telles que Gênes, Venise, Rome, continuent-elles à subsister sous les doges comme sous les papes, car la papauté au fond n'est qu'une république, puisque le pouvoir temporel y est électif comme le pouvoir spirituel, et que le gouvernement y est représentatif par le sénat des cardinaux.