Cependant la mort et l'élection d'un pape le retiennent quelques mois de plus à Rome.
«Enfin, dans quinze jours mon congé et vous revoir! écrit-il; tout disparaît devant cette espérance. Je ne suis plus triste, je ne songe plus aux ministères ni à la politique! Vous retrouver, voilà tout! Je donnerais le reste pour une obole!»
Ne croirait-on pas entendre l'ambassadeur vieilli redevenu le jeune secrétaire d'ambassade à Rome en 1808, et écrivant ses impatiences de cœur à celle qui repose sous le pavé de marbre de l'église Saint-Louis à Rome (madame de Beaumont)?
«J'arrive! j'arrive! nous causerons; je vais vous voir! Qu'importe le reste? À vous et pour jamais!»
Enfin, la veille du retour:
«Rome, ce 16 mai 1829.
«Cette lettre partira de Rome quelques heures après moi et arrivera quelques heures avant moi à Paris. Elle va clore cette correspondance qui n'a pas manqué un seul courrier, et qui doit former un volume entre vos mains. La vôtre est bien petite; en la serrant hier au soir, et voyant combien elle tenait peu de place, j'avais le cœur mal assuré.
«J'éprouve un mélange de joie et de tristesse que je ne puis vous dire. Pendant trois ou quatre mois je me suis déplu à Rome; maintenant j'ai repris à ces nobles ruines, à cette solitude si profonde, si paisible et pourtant si pleine d'intérêt et de souvenir. Peut-être aussi le succès inespéré que j'ai obtenu ici m'a attaché; je suis arrivé au milieu de toutes les préventions suscitées contre moi, et j'ai tout vaincu: on paraît me regretter vivement.
«Que vais-je retrouver en France? Du bruit au lieu de silence, de l'agitation au lieu de repos, de la déraison, des ambitions, des combats de place et de vanité. Le système politique que j'ai adopté est tel que personne n'en voudrait peut-être, et que d'ailleurs on ne me mettrait pas à même de l'exécuter. Je me chargerais encore de donner une grande gloire à la France, comme j'ai contribué à lui faire obtenir une grande liberté; mais me ferait-on table rase? me dirait-on: Soyez le maître, disposez de tout au péril de votre tête? Non; on est si loin de vouloir me dire une pareille chose que l'on prendrait tout le monde avant moi, que l'on ne m'admettrait qu'après avoir essuyé les refus de toutes les médiocrités de la France, et qu'on croirait me faire une grande grâce en me reléguant dans un coin obscur d'un ministère obscur.
«Chère amie, je vais vous chercher, je vais vous ramener avec moi à Rome; ambassadeur ou non, c'est là que je veux mourir auprès de vous. J'aurai du moins un grand tombeau en échange d'une petite vie. Je vais pourtant vous voir. Quel bonheur!»