Et en route:

«Lyon, dimanche, 2 heures 1/2, 24 mai 1829.

«Lisez bien cette date. Elle est de la ville ou vous êtes née! Vous voyez bien qu'on se retrouve, et que j'ai toujours raison. C'est Hyacinthe, que j'envoie en avant, qui vous remettra ce billet. Maintenant, est-ce moi qui vous emmènerai à Rome ou vous qui me garderez à Paris? Nous verrons cela. Aujourd'hui je ne puis vous parler que du bonheur de vous revoir jeudi.»

Que cette commémoration est touchante, et qu'il y a de vraie sensibilité dans cette date!

XVII

Il arriva à Paris le 27 mai 1829. «Son arrivée a ranimé ma vie,» écrit à son tour madame Récamier à sa nièce absente. Ce fut alors, pour plaire à cet ami, qu'elle commença à former autour d'elle ce salon politique et lettré dont on voit la composition accidentelle dans les hommes célèbres convoqués à la lecture du Moïse dont j'ai parlé en commençant.

Ampère et Ballanche groupaient avec des soins de fils ce monde brillant autour d'elle; ce dernier les nomme dans une de ses lettres.

«Parmi les auditeurs, dit-il, je me bornerai à vous citer mesdames d'Appony, de Fontanes et Gay; MM. Cousin, Villemain, Lebrun, Lamartine, Latouche, Dubois, Saint-Marc Girardin, Valory, Mérimée, Gérard; les ducs de Doudeauville, de Broglie; MM. de Sainte-Aulaire, de Barante, David; madame de Boigne, madame de Gramont; le baron Pasquier; madame et mesdemoiselles de Barante et mademoiselle de Sainte-Aulaire; Dugas-Montbel, etc. J'aurais aussitôt fait de vous nommer tout Paris littéraire, etc.»

XVIII

Cependant M. de Chateaubriand avait quitté, après ce triomphe, Paris pour les Pyrénées. Le ministère du prince de Polignac, ministère énigmatique et chargé d'orages autant que de mystères, avait été nommé en son absence. C'était la déclaration de guerre de la monarchie à l'opposition du libéralisme, du bonapartisme et du républicanisme coalisés dans la presse et dans les Chambres.