Naples, foyer du carbonarisme aristocratique et militaire, répondit sans le comprendre au cri de l'armée; cette armée marcha sur Naples et présenta à la pointe des baïonnettes la constitution espagnole au vieux roi Ferdinand. Nous assistâmes nous-même à ces événements. Le roi plia sous la volonté de l'armée. L'aristocratie et la bourgeoisie simulèrent l'enthousiasme; le peuple, étonné, murmura et resta en observation hostile contre le carbonarisme. La constitution espagnole fut proclamée sur parole, car il n'en existait pas même un exemplaire à Naples.

Le parlement fut convoqué; ce parlement, composé en majorité d'hommes de sens et de talent, montra dans ses délibérations combien le royaume de Naples était à la hauteur des institutions libres; des orateurs aussi éclairés qu'éloquents, tels que le comte Riciardi dei Camalduli, le baron Poerio et ses émules, égalèrent les Cazalès et les Mirabeau de notre Assemblée constituante.

Cette courte période de gouvernement représentatif laisse une glorieuse trace de lumière et de raison sur le royaume de Naples. Le parlement aurait régularisé la constitution des carbonari si le joug de l'armée n'avait pas pesé à la fois sur lui et sur le trône.

La coalition monarchique de la France, de l'Angleterre, de l'Autriche, de la Prusse et de la Russie, se prononça au congrès de Laybach contre le carbonarisme de l'Italie. Les troupes de l'Autriche furent chargées de rétablir le roi Ferdinand dans sa toute-puissance. L'armée napolitaine de quatre-vingt mille hommes se dispersa aux premiers coups de canon; elle marchait sans unité et sans conviction pour une cause inconnue; elle était humiliée d'obéir à une secte sous le drapeau trop étroit d'une conjuration triomphante.

Naples rentra dans la monarchie absolue pendant trois règnes.

XXVIII

La république de 1848 en France s'était abstenue sévèrement de toute propagande armée ou désarmée chez les peuples libres de leurs formes de gouvernement; mais Naples, agitée une seconde fois par l'esprit de 1820, avait conquis, avant l'explosion de la république en France, une constitution sur son jeune roi.

Cette constitution n'avait pas le caractère soldatesque et anarchique de la constitution des carbonari; elle pouvait marcher sans chute par la bonne volonté du roi et par la sagesse de la nation; mais les restes du carbonarisme voulurent la pousser à des désordres par des excès populaires. Le jeune roi, qui l'épiait pour la surprendre en flagrant délit d'insurrection, marcha sur elle avec résolution; ses troupes, dont il était l'idole, le suivirent; il triompha en un jour, comme le roi de Suède Gustave, du parti qui avait voulu l'entraver. La ligue du roi, du bas peuple et de l'armée, contint le parti aristocratique et libéral pendant dix ans, et le contient encore malgré les agitations de l'Italie et malgré les sommations du Piémont, de l'Angleterre et de la France.

XXIX

Un roi presque enfant, dont on ne connaît encore que le nom, se tient debout sous ces coups de vent, par le seul aplomb de la volonté de son père; il semble survivre à ce père, le plus volontaire des rois de ce siècle. Le jeune roi, menacé de perdre sa nationalité et son indépendance sous l'envahissement sans bornes du Piémont, tient encore le royaume de Naples en équilibre; l'esprit de nation lutte contre l'esprit de révolution: qui l'emportera?