L'Autriche est toujours la première à intervenir à main armée pour le statu quo, car c'est sa nature, et c'est son intérêt de représenter partout le passé. Elle est par essence le temps d'arrêt des choses dans l'Europe moderne; c'est sa force, et c'est aussi sa faiblesse.
À l'instant où les carbonari l'aperçurent en armes en Lombardie, elle devint l'objet des craintes et des imprécations des carbonari; leur cri unanime fut: Guerre à l'Autriche! Jusque-là elle n'avait pas été trop impopulaire, depuis 1814, en Italie, et, par une versatilité habituelle aux peuples qui changent de joug, son retour à Milan, en 1814, avait été l'objet d'un fanatisme de joie poussé jusqu'à la férocité contre le gouvernement français que l'Autriche venait remplacer. L'assassinat du ministre franco-italien Prina, traîné dans les rues de Milan, et martyrisé par le peuple, aux cris de: Vive l'Autriche! en fut un triste témoignage; mais l'heure de ces intermittences avait sonné un autre tocsin.
XXXIII
Le carbonarisme napolitain comptait peu de sectaires à Rome, point en Toscane, un petit nombre à Turin, et presque exclusivement parmi la jeunesse noble et militaire. Le prince de cette jeunesse était le prince de Carignan, depuis Charles-Albert.
Ce jeune prince, issu d'une branche indirecte de la maison de Savoie, avait été appelé à l'hérédité du trône par le vieux roi Victor-Emmanuel, sans enfants.
Le frère du vieux roi, le duc de Génevois, sans enfants aussi, avait acquiescé à cette adoption. Ces deux vieux princes devaient attendre de leur jeune parent, associé au trône, une reconnaissance plus que filiale.
Il n'est pas permis à l'histoire sommaire et rapide d'entrer dans le secret des cœurs et dans la controverse des faits, plus ou moins authentiques, qui accusent ou disculpent le prince de Carignan d'initiative et de complicité avec le carbonarisme de Turin. Ce qui est certain, c'est que le plus grand nombre de ses jeunes favoris militaires, fils des plus hautes familles du Piémont, furent les premiers à débaucher une partie de l'armée du roi et à proclamer la constitution espagnole, qui le détrônait moralement.
La garnison d'Alexandrie, au nombre de dix mille hommes, et celle de Tortone, s'ameutèrent à la voix de quelques-uns de ces jeunes officiers, et proclamèrent à la fois la constitution espagnole et la guerre à l'Autriche.
Ces révoltes soldatesques furent couvertes, comme à Cadix et à Naples, d'expressions respectueuses pour le roi. On lui donnait le sceptre de roseau en le violentant.
Les troupes de Turin, embauchées par la jeunesse dorée du prince de Carignan, imitèrent celles d'Alexandrie.