Nos ennemis communs, vous ne le savez que trop, ont pour tactique de déverser la calomnie sur les hommes de 1848. Ils ont été assez habiles pour tromper un esprit aussi éclairé, aussi généreux que le vôtre.

Je vous remercie de l'occasion que vous m'avez offerte de repousser encore une fois un de leurs mensonges.

J'ose espérer, Monsieur, que vous voudrez bien insérer cette réponse dans votre plus prochain Entretien.

Veuillez agréer, avec l'expression de mes regrets, l'assurance de ma haute considération.

Jules Bastide.

LVIIe ENTRETIEN

TROIS HEUREUSES JOURNÉES LITTÉRAIRES.

I

J'ai sur ma table aujourd'hui deux livres que je viens de lire avec un grand charme, et qui me convient, par ce charme même, à me distraire un moment de l'antiquité avec mes lecteurs, pour donner un regard à la jeune France poétique d'aujourd'hui. Ces deux livres sont les poésies lyriques, philosophiques et religieuses de M. de Laprade, et un autre dont je vais vous parler après.

Mais avant de parler de ce dernier poëme que j'ai reçu hier, que j'ai lu d'une seule haleine cette nuit, rappelons-nous deux heureuses journées déjà loin de nous, qui nous feront connaître Laprade. La mémoire, c'est la lampe du soir de la vie: quand la nuit tombe autour de nous, quand les beaux soleils du printemps et de l'été se sont couchés derrière un horizon chargé de nuages, l'homme rallume en lui cette lampe nocturne de la mémoire; il la porte d'une main tremblante tout autour des années aujourd'hui sombres qui composèrent son existence; il en promène pieusement la lueur sur tous les jours, sur tous les lieux, sur tous les objets qui furent les dates de ses félicités du cœur ou de l'esprit dans de meilleurs temps, et il se console de vivre encore par le bonheur d'avoir vécu.