Mais, tant que l'inspiration du cabinet consulaire vint de M. de Talleyrand, la diplomatie du Consulat fut aussi grandiose que la victoire, mais en même temps aussi modérée que la paix. Tout reprit sa dignité, les vaincus comme les vainqueurs. Les notes et les dépêches de la main de M. de Talleyrand, retouchées seulement par le consul, ont un accent d'héroïsme tempéré par un accent de philosophie. On sent, en les lisant, que l'esprit de l'Assemblée constituante est rentré dans les conseils de la république, et que l'âme de Mirabeau respire encore dans son disciple.

Ce fut pendant ces courtes et belles années que la France diplomatique, interprétée au dehors par l'esprit de la civilisation pacifique, recueillit sans violence de mains ou de paroles tous les résultats légitimes des exploits de la république, du Directoire, et du vainqueur d'Italie.

XXVI

Voici ces actes, exprimés en paroles dignes de leur grandeur:

Les honneurs de la sépulture rendus à l'infortuné souverain pontife Pie VI, mort dans la captivité en France, et resté jusque-là sans sépulture royale ou pontificale à Valence: «Il est de la dignité de la nation française et conforme à son caractère de donner des marques de considération à un homme qui occupa un des premiers rangs sur la terre, des honneurs funèbres et un monument conforme au caractère du prince enseveli sans décrets.»

Des envoyés dans toutes les cours où ils peuvent être reçus avec dignité sont nommés pour saisir et renouer les fils rompus des relations internationales: le général Bournonville à Berlin, M. Alquier en Espagne, M. de Sémonville en Hollande, M. de Bourgoing en Danemark.

Un présent diplomatique, signe d'attention particulier, est offert au prince de la Paix, qui tient à Madrid le cœur et la politique de cette branche de la maison de Bourbon.

Une lettre fière et pressante pour le cabinet de Londres est adressée par le chef du gouvernement au roi d'Angleterre pour le convier à la paix.

Un appel à l'armistice et aux négociations est adressé de même à l'empereur d'Allemagne. M. de Talleyrand offre à l'empereur les bases du traité de Campo-Formio, et des possessions notables en Italie pour indemniser l'empereur de celles que la dernière guerre lui a enlevées en Allemagne.

Il provoque le cabinet de Berlin à se porter médiateur armé pour contraindre l'Angleterre et l'Autriche à la pacification.