Une régence de l'épouse de Napoléon?

Mais l'impératrice n'était déjà plus en sa puissance: elle ne s'était pas jetée à propos entre les armées de son père et le détrônement de son fils; elle était, à demi captive, entraînée aux extrémités de la France par les frères de Napoléon, sans armée, sans gouvernement, sans liberté et déjà sans couronne. Le moment était passé; ce n'était plus le cœur de l'empereur d'Autriche qui allait prononcer: c'était sa raison, c'était son cabinet, c'était son armée. Or la raison, le cabinet, l'armée de l'Autriche, pouvaient-ils oublier leur capitale deux fois envahie, et rétablir, sous le nom d'une jeune princesse de vingt ans, une régence napoléonienne, qui n'eût été qu'un second règne masqué de Napoléon? L'Autriche l'eût-elle proposé, l'Angleterre, la Russie, la Prusse, l'Espagne, l'univers, pouvaient-ils y consentir?

XLIII

M. de Talleyrand pouvait-il proposer à cette Europe monarchique la résurrection d'une république nationale en France comme gage de paix et de sécurité?

Mais, outre que M. de Talleyrand, quoique ayant servi la république par nécessité et par diplomatie alors, n'était pas républicain, quel gage à offrir à l'Europe monarchique armée, victorieuse, campée sur la place de la Révolution, autour des traces de l'échafaud de Louis XVI et de toute une famille royale, qu'une république le pied sur la tête d'un roi décapité?

Il n'y avait donc aucune option pour un homme d'État aussi clairvoyant que M. de Talleyrand alors: ou la ruine de sa patrie, ou la dynastie des Bourbons rapportant à la fois, d'un long exil, la conciliation avec l'Europe, l'amnistie de tous les actes et de toutes les opinions de la révolution, et la liberté constitutionnelle garantie à la France par la monarchie représentative.

C'est ce que M. de Talleyrand, redevenu en une heure l'oracle de la France et de l'Europe, définit admirablement dans le conseil des rois: «La république est une impossibilité; la régence, c'est Napoléon continué, avec le ressentiment de sa déchéance et l'inimitié de l'Europe; Bernadotte (candidat alors de la Russie), c'est une intrigue: la légitimité seule est un principe.»

Cette note verbale était l'expression exacte et forte de la France, de l'Europe et du temps; elle portait en peu de mots un sens souverain et irréfutable. C'était l'axiome de la diplomatie; il forçait la conviction des puissances: une acclamation l'adopta. M. de Talleyrand, maître par ce seul mot des convictions au dedans et au dehors, n'eut qu'à ménager, par son habileté, la transition de la révolution à la légitimité, de l'invasion à la paix, du despotisme à la liberté représentative. Les Bourbons furent rappelés: la France fut sauvée.

Premier ministre et ambassadeur à la fois au congrès de Vienne, M. de Talleyrand domina, quoique vaincu, les vainqueurs; les Bourbons rentrèrent de plain-pied, et avec la France ancienne tout entière, dans la société des rois et des peuples. M. de Talleyrand fut véritablement arbitre de l'univers au congrès des rois; il ne dut cette autorité personnelle qu'à son génie de diplomate, et non à son titre de plénipotentiaire. Ce fut sa personne qui négocia; il portait dans sa tête ses instructions: un signe de ses sourcils faisait taire les ennemis de la France.

XLIV