REVUE MENSUELLE.
XI
Paris.—Typographie de Firmin Didot frères, fils et Cie, rue Jacob, 56.
LXIe ENTRETIEN.
Premier de la sixième année.
SUITE DE LA LITTÉRATURE DIPLOMATIQUE.
I
«La nature, qui prédestinait l'Angleterre à cette importance, lui avait donné un caractère qui a ses défauts sans doute, mais qui a la prédestination des grandeurs. Ils portent en eux, ces Bretons, les conditions du gouvernement d'eux-mêmes et des autres: ils sont réfléchis, ils sont audacieux et ils sont persévérants. Leur génie est naturellement hiérarchique. Ils ont un orgueil individuel quelquefois humiliant pour ce qui n'est pas eux; mais cet orgueil ou ce sentiment égoïste de leur supériorité leur donne un orgueil collectif et national qui fait une partie de leur force comme peuple. Je m'estime quand je me compare, c'est le mot des Anglais.
Ils ont le sentiment de la liberté, par suite de cet orgueil; mais ils ont le sentiment de l'aristocratie, par raison. Ils veulent que leur civilisation dure comme un monument: ils savent que rien ne dure dans les mobiles démocraties, gouvernements des passions et des caprices du peuple; la hiérarchie est en tout la forme de l'ordre et la condition de la durée. Ils sont glorieux de ce qui est au-dessus d'eux comme au-dessous; ils respectent leur aristocratie, et ils respectent leurs classes subalternes.
Une monarchie, pour personnifier seulement leur majesté nationale; une aristocratie, pour perpétuer leur civilisation; un peuple libre, pour justifier leur orgueil civique: voilà leur trinité nationale. Liberté à la base, aristocratie au milieu, monarchie au sommet, ordre partout; mais ordre raisonné plutôt qu'imposé. Quelle république, quelle noblesse, quelle royauté dans un même peuple! Celui qui ne l'admire pas n'est pas digne de parler des sociétés civiles.