À part un peu de déclamation plus oratoire que politique, l'éloquence humaine a-t-elle bouillonné jamais dans aucune poitrine en pareils accents? Voilà Cicéron orateur politique.

Nous avons assisté de nos jours, dans un pays aussi lettré que Rome, dans des temps aussi révolutionnaires que le temps de Cicéron, à des scènes d'éloquence aussi décisives que celle du sénat romain, entre des hommes de bien, des hommes de subversion, des ambitieux, des factieux, des Catilinas, des Clodius, des Cicérons, des Pompées, des Césars modernes; nous avons assisté, disons-nous, aux drames les plus tumultueux et les plus sanglants de notre époque: mais nous n'avons jamais entendu des accents où la colère et le génie oratoire, le crime ou la vertu vociférés par des lèvres humaines, fussent autant fondus en lave ou en foudre dans des harangues si ardentes d'invectives, si solennelles de vertu et si accomplies de langage!

Il faut remonter à Vergniaud, parlant devant les assassins qui l'attendent à la porte de la Convention, pour comparer quelque chose à cette colère de la vertu et à ce défi à la mort. Les passions n'ont pas baissé de nos jours; mais l'éloquence littéraire a perdu les foudres dont Démosthène, Cicéron, Vergniaud, ébranlaient leurs tribunes et pulvérisaient les factions ou la tyrannie. Qu'est-ce que le harangueur parlementaire d'aujourd'hui (sauf de rares exceptions) auprès de ces héros du discours? Le métier tue l'art: la voix tonne, la poitrine n'y résonne pas; il y a un rôle dans la harangue, il n'y a point d'âme et par conséquent point d'immortalité. Essayez de relire, après que la vibration de la voix a cessé de tinter dans l'oreille: vous ne le pouvez pas; tout s'est évaporé avec le geste et le son de voix. L'engouement de parti exalte de tels hommes comme des gladiateurs de théâtre. On les appelle des Cicérons et des Démosthènes: ils ne sont que des musiciens de phrases. Où sont-ils aux jours des tempêtes civiles? Ils sont disparus, ils sont muets, ils sont ensevelis dans l'ombre de leur Tusculum, adorant l'écho, suivant la timide sagesse de Pythagore. De là ils nourrissent de flatteries obligées l'espérance, toujours ajournée, des partis, dont ils se proclament les ministres, ministres des songes qui endorment depuis trente ans leurs clients... Et ils accusent les hommes de cœur qui se jettent dans le gouffre pour le combler, et ils dénoncent à la haine ou à l'ingratitude des sectes ou des cours ceux qui se brûlent les mains en tirant leur patrie de l'incendie, allumé par les torches de leurs discours! Et ils conseillent les épurations à leur patrie, pour rester seuls à la perdre et à la flatter jusqu'à la fin! Voilà ces hommes!

Mais revenons à l'éloquence patriotique et virile de Cicéron.

XXIII

Catilina, frappé d'effroi par la parole de Cicéron, s'enfuit jusqu'en Toscane.

Cicéron prend sur lui d'achever le coup d'État contre la démagogie en immolant les complices de Catilina.

Se croyant sûr de l'appui de Pompée, il poursuit les démagogues jusque dans la personne de Clodius.

Clodius était ami du jeune César.

César, patricien corrompu, cherchait un appui dans la plèbe romaine; il commençait la tyrannie, comme elle commence toujours, par la licence; il soutenait, à ce titre, Clodius; il affectait de l'intérêt pour Catilina.