Ses anxiétés usaient, non sa vertu, mais son caractère.
Sa haute intelligence lui montrait des deux côtés des dangers presque égaux pour la patrie: l'anarchie et la faiblesse avec Pompée, la violence et la tyrannie avec César.
Ses lettres, à cette époque, sont la confession d'un homme de bien; il méprise presque autant le parti de Pompée qu'il déteste celui de César. La postérité a vu en cela de la faiblesse; ce n'était, hélas! que de la profondeur de jugement. Les hommes de génie sont jugés par les esprits médiocres: c'est le secret des accusations de la postérité contre la vertu civique de Cicéron. Il y a des temps si malheureux que les meilleurs patriotes n'ont le choix qu'entre deux calamités pour leur patrie. Qui oserait s'étonner que ces grands patriotes hésitent à choisir? Telle était la situation de Cicéron.
XXVIII
À la fin, la vertu, plus que la conviction, l'entraîna dans le parti de Pompée; il savait qu'il se perdait, mais il se perdait avec Caton et Brutus. Mieux vaut la mort avec les honnêtes gens que la victoire avec les pervers.
Il ne se trompait pas. Pompée, fugitif d'Italie, alla perdre la bataille de la république en Épire. Pharsale fut le champ de bataille et le tombeau de la liberté du monde.
Pompée s'enfuit en Égypte, et meurt sur le rivage par la main d'un assassin soudoyé, qui veut offrir sa tête en présent à César.
Caton meurt en philosophant sur l'immortalité de l'âme.
Brutus meurt dans un blasphème ironique sur l'inanité de la vertu.
Cicéron, amnistié par le vainqueur, vit et revient pleurer la république en Italie.