La France veut refréner les Barbaresques sur la côte d'Afrique: l'Angleterre conteste l'occupation très-inoffensive de l'Algérie.

En 1858, la France veut intervenir en Italie, à tort ou à droit, contre l'Autriche: l'Angleterre s'y oppose de toute sa diplomatie en Europe, de toute son éloquence dans ses tribunes.

La France persiste, et veut sagement se retirer dans sa neutralité envers le reste de l'Italie après ses victoires: l'Angleterre change à l'instant de langage et de diplomatie, prend la place abandonnée par la France, et pousse le Piémont, la France, l'Italie entière aux extrémités où nous marchons, pour ne point nous laisser le pas, même dans l'anarchie du continent.

La France veut, très-sagement cette fois, se prémunir sur ses frontières du midi contre une Italie unitaire, alliée des Anglais: l'Angleterre proteste contre cette prudence trop légitime, et crie à la conquête, quand il n'y a de conquérant dans l'Italie d'aujourd'hui que le cabinet britannique.

Ainsi partout, ainsi toujours, dès qu'il y a une folie française sur un point du globe, l'Angleterre est là pour en profiter; dès qu'il y a un intérêt légitime de la France quelque part, l'Angleterre est là pour le combattre. Comment chercher une alliance politique organique dans une si vigilante inimitié? N'y pensez pas: ce qu'il faut à la France et à la civilisation dans nos rapports avec l'Angleterre, c'est la paix, la paix difficile, la paix agitée, mais la paix méritoire, la paix utile au monde, mais la paix l'œil ouvert et la main armée.

En résumé, avec le cabinet de Londres, la paix, oui; l'alliance, jamais!

IV

Après l'Angleterre, dont l'alliance serait un contre-sens à la nature, que voyez-vous? la Russie.

La Russie sera certainement un jour une alliance très-puissante et très-fidèle, par attrait de caractère et par conformité d'intérêt, pour la France. Napoléon a tenu cette alliance russo-orientale dans la main après qu'il avait décomposé l'Allemagne et conquis l'Italie jusqu'à Naples; mais il a brisé cette alliance, en la jetant à terre dans un mouvement d'impatience, pour tenter son expédition chimérique de Moscovie, et en forçant du même coup l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie à secouer le joug de ses vaines victoires. L'alliance russe, toujours en perspective, a reculé pour nous dans un horizon de plusieurs siècles; et pourquoi? Vous allez le comprendre.

Les alliances se fondent sur un intérêt commun.