XXV

«Voilà, mon cher Torquatus, la définition exacte de ce qu'on entend par l'honnête; c'est ce qui a fait dire proverbialement de l'homme de bien: On peut frayer avec lui dans les ténèbres.»

Que pensez-vous, lecteurs, de ces définitions de l'honnête, de la raison, de la vertu, datées de vingt siècles et écrites de la main d'un des plus sublimes écrivains de tous les siècles? Avez-vous une plus haute philosophie morale, une plus saine raison, une plus solide vertu, un plus beau style? Votre crépuscule n'est-il pas là?

Saluez l'antiquité: elle sait tout, même ce que vous croyez avoir appris hier. Si ces lignes étaient trouvées par vous anonymes dans un volume de vos bibliothèques de Paris ou de Londres, ne les attribueriez-vous pas en conscience à Bacon, à Fénelon, à vos plus pures philosophies, à vos plus éloquentes plumes? Elles sont du consul, de l'orateur, du lutteur romain contre Catilina, du sauveur de la patrie, du maître de Brutus, de l'ami de Pompée, de l'amnistié de César, de la victime d'Antoine, se reposant au soir d'un jour agité, à quelques jours de sa mort, résigné à l'ombre de son jardin de Tusculum, au murmure de l'Anio, qui murmure encore tout près des ruines de sa maison de campagne.

XXVI

Et ce passage, sur l'immatérialité et sur l'immortalité de l'âme, qu'en direz-vous après l'avoir lu:

«L'origine de notre âme ne saurait se trouver dans rien de ce qui est matériel, car la matière ne saurait produire la pensée, la connaissance, la mémoire, qui n'ont rien de commun avec elle. Il n'y a rien dans l'eau, dans l'air, dans le feu, dans ce que les éléments offrent de plus subtil et de plus délié, qui présente l'idée du moindre rapport quelconque avec la faculté que nous avons de percevoir les idées du passé, du présent et de l'avenir. Cette faculté ne peut donc venir que de Dieu seul; elle est essentiellement céleste et divine. Ce qui pense en nous, ce qui sent, ce qui veut, ce qui nous meut, est donc nécessairement incorruptible et éternel; nous ne pouvons pas même concevoir l'essence divine autrement que nous ne concevons celle de notre âme, c'est-à-dire comme quelque chose d'absolument séparé et indépendant des sens, comme une substance spirituelle qui connaît et qui meut tout.

«Vous me direz: Et où est cette substance qui connaît et qui meut tout? et comment est-elle faite? Je vous réponds: Et où est votre âme? et comment se la représenter? Vous ne sauriez me le dire, ni moi non plus. Mais, si je n'ai pas pour la comprendre tous les moyens que je voudrais bien avoir, est-ce une raison pour me priver de ce que j'ai? L'œil voit et ne voit pas: ainsi notre âme, qui voit tant de choses, ne voit pas ce qu'elle est elle-même; mais pourtant elle a la conscience de sa pensée et de son action. Mais où habite-t-elle et qu'est-elle? C'est ce qu'il ne faut pas même chercher... Quand vous voyez l'ordre du monde et le mouvement réglé des corps célestes, n'en concluez-vous pas qu'il y a une intelligence suprême qui doit y présider, soit que cet univers ait commencé et qu'il soit l'ouvrage de cette intelligence, comme le croit Platon, soit qu'il existe de toute éternité et que cette intelligence en soit seulement la modératrice, comme le croit Aristote? Vous reconnaissez un Dieu à ses œuvres et à la beauté du monde, quoique vous ne sachiez pas où est Dieu ni ce qu'il est: reconnaissez de même votre âme à son action continuelle et à la beauté de son œuvre, qui est la vertu.»

XXVII

Et celui-ci, sur la divisibilité des sens et de l'âme, autrement appelée la mort: