XXIII
Au début de son second livre sur le bien et le mal, Cicéron dit à ses amis: «Ne me regardez pas ainsi en silence, comme on regarde un homme qui va professer. Le vrai mode de traiter les sujets philosophiques, c'est l'échange mutuel des pensées, des objections et des réponses, c'est la conversation: causons.»
XXIV
Après avoir élagué toutes les subtilités scolastiques d'Épicure ou des autres prétendus sages, il préconise avec une admirable force de langage et de conscience les deux pivots de la vertu, l'HONNÊTE et la RAISON. Écoutez en passant ces définitions du bon sens:
«L'honnête est ce que l'on est forcé d'estimer par soi-même, abstraction faite de toute espèce d'intérêt personnel, etc.» (Quelle preuve de Dieu par la conscience!)
«La raison est cette intelligence si prompte et si vaste à la fois, cette sagacité de l'esprit qui pénètre les causes, discerne l'enchaînement de ces causes avec leurs conséquences, rapproche les ressemblances, découvre les semblables au milieu des diversités, conjoint l'avenir avec le présent, et embrasse ainsi d'un coup d'œil le cours entier d'une existence bien enchaînée.
«Par la raison, l'homme recherche la société des hommes; par elle il s'élève, de l'affection pour ses parents et pour ceux que la nature a rapprochés de son cœur, jusqu'à l'affection pour ses concitoyens, compris dans son amour, et enfin jusqu'à répandre sa tendresse sur l'humanité tout entière.» (Caritas generi humani, Évangile inné des sages de tous les siècles.)
«Car l'homme, ajoute-t-il, doit se souvenir qu'il n'est pas seulement pour lui seul, mais pour les siens, pour sa patrie, et que c'est de la moindre partie de lui-même qu'il lui est permis de s'occuper; et, comme la nature nous a doués d'un invincible attrait pour la vérité, inspirés que nous sommes par ce noble instinct, nous aimons forcément tout ce qui est vrai et réel, comme la bonne foi, la fidélité, la candeur, la constance, et nous haïssons tout ce qui est faux et trompeur, comme la fraude, le parjure, la méchanceté, l'injustice.
«Enfin la raison a je ne sais quelle supériorité majestueuse qui lui donne le droit de commander et qui lui fait mépriser de haut les événements humains, toujours élevée qu'elle est au-dessus de nos faiblesses et de nos erreurs. À ces trois vertus s'en joint une quatrième, qui a la même beauté et qui conspire avec elles pour la grandeur de l'homme: c'est l'amour de l'ordre.
«La beauté essentielle de l'ordre avait d'abord frappé l'esprit dans l'univers visible, et c'est de là que nous l'avons transporté dans nos actions et dans nos paroles, monde moral dont l'ordre est l'ornement; puis vient la modération, ou la mesure qui nous fait éviter en tout l'excès ou la témérité, qui nous détourne d'offenser nos semblables par nos actions ou par nos discours, et de rien faire, en un mot, a qui soit indigne de la nature humaine.