«Je dois maintenant répondre à ce que vous avez dit. Je le ferai, mais sans rien affirmer, cherchant la vérité, doutant souvent et me méfiant de moi-même; car, si je présentais quelque chose comme certain, je ferais le devin, moi qui nie la divination.

«Au reste, je m'adresse tout d'abord la question que se faisait à lui-même Carnéade: Sur quoi s'exerce la divination? Est-ce sur les choses sensibles? Mais, celles-là, nous les voyons, entendons, goûtons, sentons, touchons. Y a-t-il donc dans ces sensations quelque chose de surnaturel, quelque effet de la prévision ou de l'inspiration de l'âme? Quel devin, s'il était privé de la vue comme Tirésias, pourrait discerner le blanc du noir, ou, s'il était sourd, distinguer les différences des voix et des sons?

«La divination ne s'applique donc à aucun des objets de nos sens; je dis de plus qu'elle est tout aussi inutile dans ce qui est du ressort de l'art. Nous n'avons pas coutume d'appeler près des malades des devins, mais des médecins; et ceux qui veulent apprendre à jouer de la lyre ou de la flûte ne s'adressent pas aux aruspices, mais aux musiciens.

«Il en est de même des lettres et des sciences.»

Nous n'analyserons pas pour vous ce grand ouvrage d'incrédulité philosophique; les superstitions tombées, qu'importent les réfutations? Mais Cicéron, à la dernière page, distingue, en législateur et en sage, ce qui touche à la piété de ce qui touche à la superstition; cette page mérite d'être conservée.

C'est à la même époque qu'il écrivit le livre intitulé du Destin. Ce livre n'est qu'un débris, il n'en reste que quelques belles pages; on voit seulement que c'était un développement de son livre sur la divinité, et qu'il y portait, comme le poëte Lucrèce, mais d'une main plus religieuse que Lucrèce, des coups terribles aux superstitions païennes de son pays.

Il voulait évidemment, avant de mourir, rendre témoignage à la vraie philosophie, l'unité et l'immatérialité de Dieu. On voit que ce problème éternel de la toute-puissance de la providence divine et de la liberté morale de l'homme agitait, dès cette époque, l'esprit humain, comme il l'agite encore de nos jours. Rien de nouveau, même dans les disputes des philosophes.

Sa maison de campagne de Pouzzoles est encore le lieu de la scène:

«J'étais à Pouzzoles en même temps que Hirtius, consul désigné, l'un de mes meilleurs amis, et qui cultivait alors, avec beaucoup d'ardeur, l'art qui remplit ma vie. Nous étions le plus souvent ensemble, occupés surtout à rechercher par quels moyens on pourrait ramener dans l'État la paix et la concorde. César était mort, et de tous côtés il nous semblait voir les semences de dissensions nouvelles; nous pensions qu'on devait se hâter de les étouffer, et ces graves soucis occupaient à eux seuls presque tous nos entretiens. Nous n'eûmes point d'autre pensée en plus de vingt rencontres; mais un jour nous trouvâmes plus de liberté, et nous fûmes moins empêchés par les visiteurs que d'ordinaire. Les premiers moments de notre entrevue furent donnés à nos préoccupations habituelles, et à cet échange en quelque façon obligé de nos pensées sur la paix et le repos public.» .......................

XIII