«Enfin la vieillesse ne doit pas s'effrayer de la mort, qu'elle contemple de plus près, et qui lui paraît, lorsqu'elle sait bien la juger, le terme d'un long et pénible voyage, le port longtemps souhaité. On n'est pas plus assuré de la vie à la fleur de l'âge qu'au déclin des ans: seulement la mort du vieillard a quelque chose de plus naturel et de plus doux; la vie avancée est comme le fruit mûr, qui se détache sans effort. Tout n'arrive-t-il pas au terme, et n'est-ce pas bien finir quand la satiété est venue?
«Mais ce qui donne surtout à l'homme la force de contempler la mort sans effroi, c'est l'espérance de l'immortalité. Caton montre à ses jeunes amis que toutes les grandes âmes ont pressenti l'immortalité, et n'ont vu la véritable vie qu'au delà du tombeau.»
Il rappelle les arguments des philosophes socratiques, et toutes les meilleures preuves qui, dans les temps anciens, s'étaient offertes à la raison pour établir la sublime vérité enseignée par Platon et par son divin maître.
«Il me tarde, dit le vieux Romain, de partir pour cette assemblée céleste, pour ce divin conseil des âmes, d'aller rejoindre tous les grands hommes dont je vous parlais, et au milieu d'eux mon enfant chéri.»
Qu'est-ce que la vieillesse, quand l'âme se voit à l'aurore d'un jour éternel?
Tel est en substance ce traité de la Vieillesse, l'un des ouvrages les plus parfaits de Cicéron, et dont la lecture justifie si bien ce que disait Érasme:
«Je ne sais point ce qu'éprouvent les autres en lisant Cicéron; mais je sais bien que, toutes les fois qu'il m'arrive de le lire (ce que je fais souvent), il me semble que l'esprit qui peut produire de si beaux ouvrages renferme quelque chose de divin.»
C'est aussi ma pensée, et le génie de Cicéron a toujours été pour moi une preuve vivante de la divinité de l'esprit humain.
XXI
Voilà Cicéron écrivain, moraliste, philosophe, politique, approchant du terme de ses jours, mais non des bornes de son génie. Quel écrivain lui comparerez-vous dans les temps modernes? Aucun: c'est le plus vaste et en même temps le plus parfait des hommes de pensée; ce n'est pas un littérateur, c'est la littérature elle-même tout entière.