«Toutefois le siècle n'est pas assez tari de toute vertu pour ne pas fournir encore de grands exemples:
«Des mères accompagnant leurs fils poursuivis, dans leur fuite; des femmes s'exilant volontairement avec leurs maris; des proches courageux; des gendres dévoués; la fidélité des serviteurs résistant même aux tortures; des hommes illustres bravant les dernières extrémités de l'infortune; l'indigence elle-même héroïquement supportée; des sorties volontaires de la vie comparables aux morts les plus louées de nos ancêtres.
«Outre ces nombreuses vicissitudes des choses humaines, des prodiges effrayants dans le ciel et sur la terre, les avertissements de la foudre, les présages des événements futurs, présages heureux, sinistres, ambigus, évidents tour à tour.
«Jamais, en effet, calamités plus terribles et augures plus menaçants ne témoignèrent au peuple romain que les Dieux ne veillaient plus à sa sécurité, mais à leur vengeance.»
XIII
Après avoir frappé ainsi l'esprit de ses lecteurs de l'impression dont il est frappé lui-même, Tacite entre d'un pas rapide, mais sûr, dans son récit par le tableau du lendemain de la mort de Néron. Il laisse transpirer, plutôt qu'il ne le témoigne, son mépris intérieur contre un peuple assez vil pour regretter son tyran:
«La vile multitude, dit-il, celle qui assiége le cirque et les théâtres gratuits, et la lie des esclaves, et tous ceux qui, ayant dévoré leur patrimoine, vivaient des honteuses munificences de Néron, se montraient tristes et avides de nouvelles.
«Les soldats, voyant qu'ils ne recevaient pas de gratifications de Galba pour récompenser leur défection involontaire et forcée à Néron, et prévoyant que la paix ne leur fournirait pas autant que la guerre d'occasions d'avancements et de récompenses, penchaient vers la sédition. Ils accusaient déjà la vieillesse et la parcimonie de Galba.
«On rappelait un mot de lui, honnête pour la république, dangereux pour lui-même: Je choisis mes soldats, je ne les achète pas.
«L'âge même de Galba était un texte de dérision et d'impopularité pour ceux qui étaient accoutumés à la jeunesse de Néron, et qui, suivant le préjugé du vulgaire, ne jugeaient de leur maître qu'à la beauté et à la grâce du corps. Telles étaient à Rome, ajoute-t-il, les dispositions d'esprit de cette immense multitude.»