C'est le résumé d'une longue vie publique dans une haute intelligence touchant aux limites de la vie, et jugeant le passé, le présent, l'avenir, avec le calme du soir et le sublime désintéressement du lendemain.

Mais poursuivons l'étude, et, après avoir vu le sage et le politique, voyons le peintre.

XVII

Pison accepte sans joie, mais sans faiblesse, non comme on accepte une ambition, mais comme on accepte un devoir.

Il se rend au camp avec Galba, puis au sénat, pour se faire reconnaître héritier de l'empire.

Les soldats, refroidis par la parcimonie de Galba, qui les traite en citoyens, non en mercenaires, murmurent sourdement; le sénat éprouve ou feint d'éprouver de l'enthousiasme: mais les rumeurs de la rébellion des légions de Germanie et de la marche de Vitellius sur l'Italie s'accroissent dans Rome. La restitution au trésor public des sommes perçues par les favoris de Néron aigrit les esprits dans le camp et dans la plèbe.

Un homme populaire par ses intrigues, candidat du vice, comme Pison était candidat de l'honnêteté, Othon, sent chanceler le pouvoir entre les légions qui s'avancent d'Allemagne, et Galba, qui dédaigne de saisir Rome par ses corruptions. Il se fait faire une feinte violence par une émeute de populace et de soldats qui le portent au camp, hors des murs, en apparence malgré lui. Là, vingt-trois soldats le saluent empereur, et vont tenter avec Othon la fidélité des légions indécises.

XVIII

Le bruit de cette émeute se répand dans le palais de Galba. Pison, son fils adoptif, veut opposer sa popularité d'estime à la popularité démagogique d'Othon; il rassemble les troupes de garde au palais et les harangue:

«Camarades, leur dit Pison, il n'y a pas encore six jours qu'ignorant ce que nous dérobe l'avenir, et ne sachant s'il fallait désirer ou redouter davantage ce nom d'héritier de Galba, j'ai été adjoint par lui à l'empire.