«Nous, au contraire, que l'estime publique et les armes ont portés à l'empire, quels que soient nos services, nous y serons poursuivis par la jalousie.
«Toutefois ne t'étonne pas si, dans cette commotion soudaine de tout l'univers, deux légions ne sont pas encore rentrées dans l'obéissance. Moi-même, qui te parle, je ne suis pas parvenu encore à la sécurité; mais, une fois que je t'aurai adopté, je cesserai de paraître trop vieux, seul reproche qu'on objecte à ma puissance.
«Néron ne cessera pas d'être regretté par les pervers; c'est à toi, c'est à moi de gouverner avec tant d'intégrité qu'il ne soit pas du moins regretté des gens de bien.
«Ce n'est pas l'heure de te fatiguer de plus longs avis; tout est dit, tout est fait, si j'ai bien choisi!
«Souviens-toi que tu vas commander ici à des hommes aussi incapables de supporter une entière liberté qu'une entière servitude.»
L'invention d'une telle éloquence dans l'historien ne suppose-t-elle pas dans Tacite toutes les qualités d'homme d'État, de philosophe, de politique consommé, de vieillard expérimenté des choses et des caractères, et enfin d'orateur d'État, qualités que l'historien prête au vieux Galba?
XVI
On se perd quand on analyse ce sublime discours d'empire dans les profondeurs de raison, de pénétration, de prévoyance, de connaissance du cœur humain et de l'opinion des différentes classes du peuple qu'il révèle chez le vieux Galba.
Quel autre homme qu'un homme rompu aux affaires publiques, un témoin des écroulements de Rome, un publiciste, un moraliste, un orateur, un vieillard, pouvait le penser et pouvait l'écrire?
Ôtez une seule de ces conditions d'âge, d'expérience, de pratique des comices et des cours, d'étude des lettres antiques, d'élévation au-dessus des partialités des temps, de puissance de tout comprendre, même la vertu, et ce discours n'existerait pas.