On croit relire, à l'homme près, l'entrée de Napoléon à Grenoble au retour de l'île d'Elbe. Citons cette page, que nous avons lue tant de fois nous-même vivante sur les pavés de nos places publiques:

«Les dispositions dans le camp n'étaient déjà plus douteuses, et la passion en faveur d'Othon était déjà si furieuse que les soldats, non contents de le couvrir de leurs corps et de leurs armes, le portent, au milieu des aigles des légions, sur un tertre où s'élevait, quelques moments avant, la statue d'or de Galba, et l'entourent de leurs étendards. Il n'était possible ni aux tribuns ni aux centurions d'en approcher; le simple soldat recommandait à ses camarades de se défier de ses officiers; tout retentissait de clameurs, de tumulte, de vociférations échangées entre les groupes, non pas seulement, comme dans une multitude, de vociférations inactives, mais, à chaque nouveau groupe de soldats qui se présentaient, on leur prenait les mains, on les enlaçait d'un cercle d'épées nues, on les poussait vers Othon, on les provoquait à lui prêter le serment, on les préconisait l'un à l'autre, tantôt l'empereur aux soldats, tantôt les soldats à l'empereur.

«Othon ne cessait pas, de son côté, d'étendre les mains vers eux, d'adresser des hommages à cette multitude et de lui jeter des baisers, se dégradant jusqu'à la bassesse pour se relever à la domination!»

XXIV

Il harangue avec astuce les soldats; on court aux armes, on marche confusément vers la ville.

Une charge de cavalerie balaye le forum de la multitude, qui voulait maintenant défendre Galba.

Le porte-drapeau de la cohorte, au milieu de laquelle marchait le vieillard, l'abaisse devant les cavaliers d'Othon. À ce signal de la trahison ou de la peur, la cohorte, jusque-là fidèle, fraternise avec les séditieux.

«À côté du lac Curtius, dit Tacite, le tremblement des porteurs de Galba le fait tomber de sa litière et rouler à terre. On assure qu'il tendit courageusement la gorge aux meurtriers, en leur disant d'agir et de frapper, si c'était pour l'avantage de la république.

«Peu importaient ses paroles à ses assassins.

«Le nom de celui qui le frappa n'est pas suffisamment constaté. Les soldats féroces et cruels déchirèrent en lambeaux ses bras et ses jambes, même après que sa tête eut été séparée du tronc.»