Pison, blessé, qui revenait du camp des prétoriens, se réfugie dans la chambre d'un esclave fidèle; mais, bientôt découvert, il est traîné sur le seuil et égorgé par les soldats d'Othon.
Sa tête, celle de Galba, celle de Vinius, leur lieutenant, sont portées au bout des piques, au milieu des enseignes des légions, auprès des aigles.
XXV
«Vous auriez cru voir, ajoute aussitôt Tacite, un autre sénat, un autre peuple. Tous se précipitent, rivalisant de vitesse et d'empressement, vociférant contre Galba, célébrant la justice des soldats, baisant la main d'Othon. Plus les démonstrations sont fausses, plus ils les redoublent.
«Tout se fit ensuite au gré des soldats. Chaque légion envoie un quart de ses légionnaires imposer ou saccager la ville et les campagnes, avec licence de tout faire, pourvu qu'elle rapportât sa part de pillage à ses chefs, et, après cette alternative de licence, de débauches et de misère, chaque soldat rentrait à son corps, indigent, oisif et lâche, de vaillant qu'il avait été.
«Enfin, une succession d'orgies et de dénûment les précipitait dans les séditions et dans les factions militaires, de là dans les guerres civiles.
«Le corps de Galba, longtemps abandonné et devenu le jouet des profanateurs, pendant les ténèbres, fut enfin enseveli par les soins d'Argius, un de ses anciens esclaves, dans les jardins d'un domaine privé que possédait Galba. Sa tête, mutilée et attachée à une pique par les vivandiers et les valets d'armée devant le tombeau de Patrobius, affranchi de Néron, puni par Galba, fut recueillie le jour suivant et réunie aux cendres de son corps déjà brûlé.»
Quelle tragédie! Et comment n'a-t-elle pas inspiré un Corneille?—C'est que le sujet dépasse le génie!
XXVI
Pendant que la sédition militaire fait un empereur à Rome, Tacite nous transporte aussitôt en Germanie, où la sédition militaire en fait surgir un autre dans Vitellius, pour venger Galba.