Valens et Cécina, ses lieutenants, descendent des Alpes en Italie. Vitellius, engourdi par la torpeur du vin et de la table, ivre dès le milieu du jour, les suit lentement, laissant tout faire pour lui à ses soldats.
Othon négocie avec son compétiteur; il lui offre tout ce qui peut séduire un homme plus avide de jouissances oisives que de pouvoir. Vitellius feint d'écouter ces propositions, puis les deux rivaux s'envoient mutuellement des assassins après les ambassadeurs. Ces assassins, découverts, expient leur mission par la mort.
Othon sent enfin la nécessité de rétablir la discipline dans les troupes de Rome et de réprimer l'anarchie; il parle aux prétoriens le langage de la raison et de la sévérité:
XXVII
«Il est des choses dans le gouvernement, leur dit-il, que le soldat doit savoir; il en est d'autres qu'il doit ignorer.
«L'autorité des chefs, la rigueur de la discipline, exigent que les centurions, les tribuns militaires eux-mêmes, exécutent, sans les examiner, les ordres qu'on leur donne.
«S'il était permis à chacun de ceux qui reçoivent des ordres de s'informer des motifs et de les discuter, l'empire lui-même périrait avec le principe nécessaire de l'obéissance.
«Vous n'avez manqué à la subordination que dans mon intérêt; mais, dans ces incursions, dans ces ténèbres, dans cette confusion de toutes choses, les occasions contre moi-même peuvent être offertes à mes ennemis. L'armée la plus redoutable dans l'action est celle qui est la plus soumise avant la guerre. À vous les armes et le courage! à moi le conseil et la direction de votre valeur! Que jamais armée ne connaisse ces cris que vous avez proférés contre le sénat!
«Quoi! le sénat, la tête de l'empire, le lustre de toutes nos provinces, demander des supplices contre ses membres! Ô Dieux! ces Germains, que Vitellius pousse contre Rome, ne l'auront pas osé eux-mêmes; et vous, enfants privilégiés de l'Italie, vous, jeunesse vraiment romaine, vous demanderiez le sang et le massacre d'un corps dont la splendeur et la gloire font toute notre supériorité sur la bassesse et l'obscurité des Vitelliens.
«Vitellius a une certaine apparence d'armée avec lui, mais le sénat est avec nous. C'est par là que de notre côté est la république, et contre nous les ennemis de la république.