I

Continuons:

Othon part avec l'armée et avec une partie de l'aristocratie de Rome et des pouvoirs constitués, pour aller au-devant de Vitellius, aux confins de l'Italie, vers les Gaules.

«C'est la première fois que Rome se déplace ainsi, dit Tacite: car, depuis le divin Auguste, le peuple romain avait combattu au loin pour l'ambition ou la gloire d'un seul homme; sous Tibère et sous Caligula, on n'avait eu à gémir que des calamités de la paix; la révolte de Scribonianus contre Claude avait été découverte et étouffée au même instant; c'étaient des murmures et des paroles qui avaient expulsé Néron, plutôt que les armes. Aujourd'hui des légions et des flottes, et, ce qu'on avait vu plus rarement encore, les prétoriens et les soldats, gardiens de la ville, marchaient au combat.»

II

Selon l'admirable économie de ses récits, ordonnés comme des poëmes, Tacite profite de la lenteur d'Othon dans sa marche vers les Gaules pour reporter les regards de son lecteur vers une autre région de l'empire où se noue un autre drame militaire pour un troisième dénouement déjà prévu. Il revient à Vespasien, à Mucien, à leurs sept légions réparties en Judée et en Syrie.

Ces légions apprennent que celles de Rome et de Germanie vont s'entrechoquer pour décider à qui des deux armées reviendra le bénéfice de donner un maître à l'empire; elles s'indignent qu'on en dispose ainsi sans leur aveu; elles méditent de s'en saisir pour un de leurs généraux, pendant qu'on le dispute pour d'autres.

Vespasien, et Mucien son collègue, résolurent d'attendre que les deux partis de Vitellius et d'Othon, affaiblis par leur lutte, laissassent l'ambition plus libre et le succès plus certain à des armées et à des noms encore entiers.

Ici Tacite reprend le récit de la guerre civile, après avoir ainsi montré en Orient le germe d'un autre règne.

III