«Il faisait fournir des barques et des canots à ceux qui voulaient fuir; il anéantissait les lettres et les notes qui auraient pu servir de témoignage du zèle qu'on avait montré pour lui, des injures qu'on avait proférées contre Vitellius; il distribuait des gratifications avec mesure, et nullement comme un homme qui n'a rien à ménager après lui; ensuite il s'appliqua à consoler le fils de son frère, Salvius Coccéianus, enfant en bas âge, qui tremblait et qui pleurait, louant sa tendresse, gourmandant son effroi, l'assurant que le vainqueur ne serait pas assez barbare pour refuser la grâce de ce neveu, à lui, qui avait conservé à Rome toute la famille de Vitellius, et qui allait, par la promptitude de sa propre mort, mériter la clémence de ce rival: car ce n'était point, ajoutait-il, dans une extrémité désespérée, mais à la tête d'une armée demandant à combattre, qu'il épargnait volontairement à la république une calamité nouvelle; qu'il avait assez de renommée pour lui-même, assez d'illustration pour ses descendants; que le premier, après les Jules, les Claude, les Servius, il avait porté l'empire dans une nouvelle famille; que son neveu devait donc accepter la vie avec une noble assurance, sans oublier jamais qu'Othon fut son oncle, et cependant sans trop s'en souvenir.»
VIII
«Après ces soins donnés aux autres, il prit quelques moments de repos.
«Déjà son esprit ne s'occupait plus que des suprêmes pensées, quand un tumulte soudain vint lui rappeler la consternation et l'anarchie des soldats; ils menaçaient de mort ceux qui voulaient partir.
«Othon, après avoir sévèrement gourmandé et réprimé les séditieux, revint recevoir les adieux de ses amis et s'assurer qu'ils pussent se retirer avec sécurité. À la chute du jour, il but de l'eau glacée pour apaiser sa soif; ensuite il se fit apporter deux glaives, et, après les avoir examinés tous les deux, il en plaça un sous sa tête. Après s'être assuré du départ de ses amis, il passa une nuit tranquille, et l'on dit même sans insomnie...
«À la première heure du jour, il se laissa tomber sur le glaive. Aux gémissements du mourant, ses esclaves, ses affranchis et Plotius, préfet du prétoire, entrèrent: il était mort d'un seul coup.»
IX
«On hâta ses funérailles; il l'avait recommandé avec instance, de peur que sa tête coupée ne devînt le jouet des vainqueurs.
«Les cohortes prétoriennes portèrent son corps avec des éloges et des larmes, baisant à l'envi sa blessure et ses mains. Quelques-uns des soldats se tuèrent sur son bûcher; ce ne fut ni par crainte, ni par remords, mais par une certaine émulation d'honneur et d'attachement à leur empereur.
«Ce genre de mort fut imité ensuite par d'autres soldats de ses troupes à Bédriac, à Plaisance, et dans d'autres camps.