Quelle langue et quelle pénétration dans le cœur des choses et des hommes!

Montrez-moi un historien de cette trempe dans les auteurs modernes, fût-ce Bossuet!

XIII

Mucien, que Vespasien pouvait rencontrer comme rival en Syrie, puisqu'il y commandait plus de légions que lui, le convie lui-même à tout oser. Mucien veut bien consentir au second rang, pourvu que le premier soit occupé par un chef moins ignoble que Vitellius.

Le discours qu'il adresse à Vespasien pour le décider à briguer l'empire, est un cours de politique à l'usage des ambitieux, aussi habile en séductions du pouvoir que le discours d'Othon est magnanime de désintéressement et de philosophie.

Tacite lit dans les conseils des ambitieux comme dans l'âme des sages rassasiés du monde.

XIV

«Je me place, dans ma pensée, au-dessus de Vitellius, dit Mucien à son collègue, mais je te place au-dessus de moi.

«Il serait peu sensé, à moi, de ne pas céder l'empire à celui dont j'adopterais le fils pour successeur (Titus), si je régnais moi-même; d'ailleurs notre sécurité même te commande d'accepter. Notre vie, en effet, court maintenant moins de risque dans la guerre ouverte que dans la paix, car ceux qui délibèrent sur la rébellion sont déjà rebelles!»

Vespasien, encore indécis, est proclamé malgré lui par les légions de Judée, de Syrie, d'Égypte; celles des bords de l'Adriatique, de l'Espagne, de la basse Italie suivent successivement l'exemple des légions d'Orient.