«Nous ne craignons pas Vespasien; son âge, son caractère modéré, nous rassurent: mais les exemples durent plus longtemps que les caractères.

«Nous nous endormons, sénateurs, et déjà nous ne sommes plus ce sénat qui, après le supplice de Néron, poursuivait énergiquement, d'après les traditions de nos pères, les délateurs et les instruments de la tyrannie. Souvenez-vous qu'après la chute d'un méchant prince, le jour le plus heureux, c'est le premier.»

XXXI

Ici Tacite peint la tribune comme il peint le champ de bataille. On voit la mêlée des orateurs dans les assemblées, on entend les apostrophes et les insultes.

Montanus est approuvé par un applaudissement immense. L'intègre Helvidius Priscus veut profiter de ce mouvement d'indignation pour écraser aussi Marcellus, un délateur signalé par son nom dans l'invective de Montanus. Marcellus sent le sol s'enfoncer sous ses pas; il s'évade avec Crispus du sénat, et, adressant à l'orateur qui l'en chasse un ironique adieu:

«Nous sortons, lui dit-il, Helvidius, et nous t'abandonnons ton sénat, à toi. Règnes-y, puisque tu oses y régner en présence de César!»

XXXII

«Les deux complices, dit Tacite, également frappés, supportaient les opprobres avec une physionomie différente: Marcellus, la menace dans les yeux; Crispus, un faux sourire sur les lèvres.

«Bientôt ils furent ramenés par leurs partisans. La lutte s'engagea entre les deux partis: d'un côté les hommes de bien, plus nombreux; de l'autre les méchants, plus agressifs, quoique en petit nombre. Ils éclatèrent en invectives acharnées les uns contre les autres; ce jour entier fut consumé en harangues et en discorde.»

XXXIII