Mais le sénat, après avoir voulu ressaisir la liberté, céda au premier obstacle. Mucien, le lieutenant de Vespasien, harangua les sénateurs d'un ton où l'autorité affectait la forme de la prière. Il sévit seulement contre quelques hommes abandonnés par tous les partis, à cause de l'énormité de leurs forfaits; il épargna les délateurs.
On rendit l'impunité aux persécuteurs, on fit des funérailles publiques aux illustres victimes. Grands témoignages, conclut l'historien, de l'instabilité des choses humaines, qui mêle et confond les sommets et les précipices de la fortune!
XXXIV
Du sénat, Tacite transporte le récit dans les Gaules et en Judée.
Les mœurs des peuples qu'il décrit interrompent habilement le récit des tragédies romaines, et reposent l'âme pour la préparer à de nouvelles émotions.
Le siége de Jérusalem par Titus, fils de Vespasien, prend, sous la plume de l'historien, la solennité et pour ainsi dire le deuil des grandes funérailles. Les prodiges et les superstitions d'un peuple théocratique s'y mêlent au carnage, à la famine, à l'incendie. «Les portes du temple s'ouvrirent d'elles-mêmes, raconte Tacite, et on entendit une voix, plus forte que toute voix humaine, dire: Les Dieux s'en vont.»
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Ici, la page est déchirée, et le livre des histoires, interrompu par la mort de Rome, attend sous quelques monceaux de cendres qu'un heureux hasard rende la parole à la plus grande voix de l'antiquité.........................
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Les Annales de Tacite sont de la même main, mais d'une main plus magistrale encore et plus ferme. On croit sentir plus de loisir dans le travail; les temps aussi sont plus dramatiques; le passage de la république à l'empire est plus récent, la tyrannie est plus neuve, les hypocrisies, les forfaits plus effrontés, les avilissements plus bas. L'homme est donné en spectacle, en scandale, en dérision à l'homme. L'historien se venge en racontant; c'est Némésis qui écrit sous le manteau d'un philosophe.