Rien n'est improvisé dans la nature et dans l'art. Tout sort d'un antécédent; l'histoire de l'architecture et de la sculpture grecque avant Phidias conduit insensiblement le lecteur de l'ébauche au chef-d'œuvre.
Phidias apparaît enfin sous Périclès, comme Raphaël et Michel-Ange sous Léon X.
Jusqu'à eux on a monté; après eux il n'y a plus qu'à descendre. Il y a des sommets que l'on ne franchit pas. Le nec plus ultra est écrit sur tout ce qui est humain, c'est-à-dire borné.
M. de Ronchaud ne le dit pas, parce qu'il est de cette école, séduite et séduisante, qui flatte le genre humain en lui persuadant qu'il sera dieu à force de progrès sur cette terre; il ne dit pas qu'après avoir monté il faut redescendre, mais on voit clairement qu'il le sent.
XXXVII.
On n'a qu'à lire sa description scientifique du Parthénon, ce Sinaï de l'art, qui occupe un de ses volumes. Veut-on mesurer la distance du sommet de l'art à l'abjection du métier dans la statuaire française de nos jours, qu'on aille contempler la figure de Thésée par Phidias, celle de Moïse par Michel-Ange, celle du Génie de la Mort par Canova; puis qu'on aille regarder, si on le peut, la statue du maréchal Ney sur l'avenue de l'Observatoire, ou la statue du Napoléon au tricorne sur la colonne de la place Vendôme: comparez et rougissez!
XXXVIII.
Cette description savante du Parthénon me rappelle une des fortes impressions de ma vie, dont je retrouve, ici, sous ma main, une note inédite sur mon carnet de voyageur. Qu'on me pardonne de la relever telle qu'elle est, de cette page déchirée, pour justifier par l'impression naïve d'un ignorant tel que moi l'impression érudite et critique d'un adorateur tel que M. de Ronchaud, qui sait la langue de l'idéal.
Voici cette note:
«Le nombre des statues était si considérable en Grèce qu'on aurait pu dire des Grecs, à l'époque où ils avaient perdu avec la liberté les vertus de leurs ancêtres, qu'il y avait chez eux plus de dieux que d'hommes.