C'était une belle et pure soirée: le soleil dévorant descendait noyé dans une brume violette sur la barre noire et étroite qui forme l'isthme de Corinthe, et frappait de ses derniers faisceaux lumineux les créneaux de l'Acropolis, qui s'arrondissent, comme une couronne de tours, sur la vallée large et ondulée où dort silencieuse l'ombre d'Athènes. Nous sortîmes par des sentiers sans noms et sans traces, franchissant à tout moment des brèches de murs de jardins renversés, ou des maisons sans toits, ou des ruines amoncelées sur la poussière blanche de la terre d'Attique.

XLVIII.

À mesure que nous descendions vers le fond de la vallée profonde et déserte qu'ombragent le temple de Thésée, le Pnyx, l'Aréopage et la colline des Nymphes, nous découvrions une plus vaste étendue de la ville moderne qui se déployait sur notre gauche, semblable en tout à ce que nous avions vu ailleurs.

Assemblage confus, vaste, morne, désordonné, de huttes écroulées, de pans de murs encore debout, de toits enfoncés, de jardins et de cours ravagés, de monceaux de pierres entassées, barrant les chemins et roulant sous les pieds; tout cela couleur de ruines récentes, de ce gris terne, flasque, décoloré, qui n'a pas même pour l'œil la sainteté du temps écoulé, ni la grâce des ruines célèbres.

Nulle végétation, excepté trois ou quatre palmiers, semblables à des minarets turcs, restés debout sur la ville détruite; çà et là quelques maisons aux formes vulgaires et modernes, récemment relevées par quelques Européens ou quelques Grecs de Constantinople, maisons de nos villages de France ou d'Angleterre, toits élevés sans grâce, fenêtres nombreuses et étroites; absence de terrasses, de lignes architecturales, de décorations: auberges pour la vie, bâties en attendant une destruction nouvelle; mais rien de ces palais qu'un peuple civilisé élève avec confiance pour les générations à naître.

XLIX.

Au milieu de tout ce chaos, mais rares, quelques pans de stade, quelques colonnes noirâtres de l'arche d'Adrien ou de l'Agora, le dôme de la tour des Vents ou de la lanterne de Diogène, appelant l'œil et ne l'arrêtant pas.

Devant nous grandissait et se détachait du tertre gris où il est placé, le temple de Thésée, isolé, découvert de toutes parts, debout tout entier sur son piédestal de rochers; ce temple, après le Parthénon, le plus beau selon la science que la Grèce ait élevé à ses dieux ou à ses héros.

L.

En approchant, convaincu par la lecture de la beauté du monument, j'étais étonné de me sentir froid et stérile; mon cœur cherchait à s'émouvoir, mes yeux cherchaient à admirer. Rien!