M. de Rivière autorisa son jeune secrétaire à passer par l'île de Milo pour y négocier l'acquisition de ce beau morceau de marbre appelé depuis la Vénus de Milo. À son retour, M. de Rivière la garda à son compte et l'offrit au roi Louis XVIII à la fin de son ambassade.

On se récria sur sa perfection; elle règne sur nos musées provisoirement, reine des marbres, jusqu'à ce qu'un nouveau Marcellus la détrône par un autre hasard de découverte et de popularité; car est-il probable que la statue de Scopas, ou d'un autre, ait été reléguée dans l'antiquité païenne sur la petite île de l'archipel au lieu de décorer Athènes, Corinthe, Olympie, Éphèse? La poussière de ces capitales du culte et de l'art ne nous a pas tout dit.

XV.

Quoi qu'il en soit, c'est de là que date la célébrité naissante de M. de Marcellus. L'Académie des inscriptions lui devait un signe d'attention: il est mort sans l'avoir reçu d'elle; depuis, il mérita place dans une Académie plus littéraire, et il mourut sans y avoir été admis. Il les méritait l'une et l'autre, la première par son bonheur, la seconde par son mérite. On le reconnaît aujourd'hui, trop tard, mais son ombre en sourit là-haut. Rions-en comme lui, il y a retrouvé la société de ces morts illustres avec lesquels il a tant désiré converser dans leur langue: les Homère, les Phidias, les artistes et les poëtes grecs ses amis; les Théocrite, les Pline, les Cicéron, les amateurs de l'esprit humain qui forment l'immortelle académie de tous les âges, et qui l'ont reconnu à la pureté de l'accent pour un des leurs!

XVI.

Il passa dans l'étude de ces langues mortes et vivantes de l'Orient trois années à Constantinople; c'est là qu'il acheva véritablement son éducation classique, pendant les loisirs que la diplomatie, muette en Orient, laisse à ceux qui servent attentivement, mais presque en silence, leur pays.

Nous allons retrouver ces trois fécondes années dans ses souvenirs, dans ses traductions et dans ses œuvres.

XVII.

Le sort que lui réservaient les premiers maîtres en littérature et en politique le fit rappeler de Constantinople à Londres, vers 1822, pour servir de second à M. de Chateaubriand, en Angleterre.

M. de Chateaubriand, qui promenait son ennui à Londres pour délivrer les ministres de l'embarras de sa présence inquiète à Paris, le reçut comme un fils dans son ambassade; heureux de reparler avec ce jeune et spirituel disciple de cet Orient qu'il avait visité quelques années plus tôt. M. de Marcellus lui plut comme il avait plu à M. de Rivière.