«Cette illustre Anglaise avait résolu, après la mort de son oncle le célèbre Pitt, de voyager longtemps loin de son pays: peut-être même, dès lors, se promit-elle de ne plus revenir en Angleterre.

«Elle visita d'abord la France et l'Italie, puis l'Allemagne, la Russie et Constantinople. Elle passa trois mois dans la ville de Brousse en Bithynie, au pied du mont Olympe, et fut tentée de s'y fixer pour toujours. Mais Brousse a une population de soixante mille âmes; c'est la province la plus voisine et la plus dépendante du sérail; il fallait autour de lady Stanhope de la solitude et de la liberté.

«Elle passa en Égypte; elle fut la première femme qui osât pénétrer sous les voûtes de la grande pyramide; puis elle fit naufrage sur l'île de Chypre. Après avoir vu Jérusalem, Damas et Palmyre, elle choisit le Liban pour sa résidence. Elle y fit construire une maison; elle apprit l'arabe.

«Le costume des femmes syriennes lui parut incommode, et propre seulement à la vie sédentaire et intérieure; l'habit européen l'exposait trop à la curiosité et à l'attention des Druses; elle adopta donc les vêtements des hommes du pays.

«On lui fait passer de Londres ses revenus: sa fortune est en Syrie au moins égale à celle d'un scheik puissant. Elle fait du bien autour d'elle; elle s'est acquis une véritable considération pour ses bienfaits, comme par la noblesse de ses manières et son goût pour la solitude, grande vertu aux yeux des hommes du désert.

XXXII.

«Tous ces détails que j'avais recueillis sur lady Esther Stanhope excitaient de plus en plus mon intérêt; mais j'étais fort embarrassé pour obtenir d'être admis dans sa retraite. J'avais appris que plusieurs voyageurs, qui s'étaient hardiment et sans préambule présentés chez elle, en étaient partis sans l'avoir vue. J'essayai d'intéresser à mon tour sa curiosité; et je sollicitai la permission de la voir par un billet très-laconique, où je n'ajoutais ni mon nom, ni aucune des politesses de convention en Europe; le billet même semblait tenir quelque chose de la rudesse du désert; il ne contenait que ces mots:

«Un jeune Français, passant à Saïde, prie lady Esther Stanhope de lui permettre de la voir.»

«Lady Stanhope m'a avoué depuis que j'avais en effet attiré son attention; elle ne pouvait croire, disait-elle, qu'une demande sans compliments ni emphase fût d'un voyageur uniquement indiscret ou curieux. Elle y répondit en m'envoyant un guide chargé de remettre au consul la lettre suivante:

«Monsieur le Consul,