Quand on lui a dit: «Lève-toi et règne, mais montre-toi digne de régner par ta modération, par ta tolérance, par ton respect des libertés d'autrui; tu n'auras d'autre maître que la raison, tu respecteras tout le monde, et toi-même;»

Quand ce peuple a été soulevé entre ciel et terre pendant quelques mois, et que toutes les nations étonnées se sont agenouillées pour le contempler dans sa liberté et dans sa sagesse; ce peuple de France a été vraiment roi de lui-même, et digne de l'être.

Mais il est bien vite redescendu ou retombé de son enthousiasme, et, le danger passé, il est redevenu peuple, c'est-à-dire, élément. Il a abdiqué sa gloire par lassitude, la couronne lui a paru trop pesante, il l'a laissée tomber de son front; une main fort habile et armée l'a ramassée; le peuple s'est refait soldat sous cette main, nous recommençons le passé!

XLI.

Quand on a participé à cette illusion des grandes âmes, et qu'on l'a vue s'éteindre, on a trop vécu; on prend en dégoût l'Europe où ces scènes se sont passées, on désire oublier ou renouveler sa vie dans un autre continent! On cherche un désert en Asie pour passer en vivant entre les pensées de Dieu et l'oubli des hommes.

C'est ce que je ne comprenais pas encore en 1830, quand je fus reçu par lady Stanhope, et que je la crus une sublime insensée. C'est ce que je comprends aujourd'hui. Le devoir de sauver à tout prix honnête mes amis et mes créanciers en France m'a ramené et me retient dans ma patrie par un lien que Dieu seul connaît.

Mais l'âme de lady Stanhope a passé dans la mienne, et mourir dans un désert d'Asie, au sein d'une contemplation de Dieu, de la nature, et loin des hommes d'Europe, est le dernier de mes vœux!

Lamartine.

(La suite au prochain Entretien.)

FIN DU TOME TREIZIÈME.