Ce n'était nullement une femme folle; sa seule folie, c'était la grandeur de son âme!

Tout ce qui était petit et mesquin la dégoûtait.

Elle avait vu sous son oncle, le grand Pitt, deux géants lutter sur les mers et sur la terre: la liberté dans l'âme de Pitt, le despotisme dans les armées de Bonaparte! Pitt était mort comme Moïse avant d'avoir rendu la liberté au monde; Bonaparte était vaincu et prisonnier à Sainte-Hélène. Bon ou mauvais, il n'y avait plus rien de grand à contempler dans ce monde. Ce monde l'ennuyait; elle détourna les yeux en regardant son oncle et Bonaparte. Elle quitta l'Angleterre et l'Europe, et les oublia dédaigneusement.

XL.

Elle fit bien; elle aima mieux aller habiter parmi les grandes ombres, les grandes ruines, les grands songes des déserts, que de languir dans la médiocrité de nos destinées d'alors.

Elle dit adieu à l'Europe, et s'ensevelit toute vivante en Asie! De temps en temps un voyageur, alors très-rare, venant par curiosité frapper à sa porte, elle refusait d'ouvrir; elle ouvrit pour Marcellus et pour moi, parce que Marcellus était un enfant, et parce qu'elle avait entendu mon nom de poëte dans le monde. Un enfant et un poëte, terrain à songes!

Elle voulut nous voir.

Elle me prophétisa ce qui m'est arrivé par hasard, un rôle grave dans une courte pièce, à grand mouvement.—Vous reviendrez après en Orient mourir où je vis, me dit-elle.

Et j'y mourrai au moins de désir.

Quand on s'est lancé hardiment, avec une sainte pensée dans le cœur, au milieu d'un peuple en révolution, pour l'apaiser et le diriger vers des destinées plus hautes et plus surhumaines;