Cela a fait dire aux républicains, que je ne servais pas ma: «Défiez-vous de lui, c'est un légitimiste!» Et les niais l'ont cru. À leur place j'aurais redoublé de confiance, et j'aurais dit: «C'est un homme d'honneur, et, puisqu'il a été fidèle à la première heure par un sentiment de famille et de tradition, il le sera à la dernière, quand on n'a plus d'autre famille que la patrie et le peuple.» Mais ils ont cru qu'un royaliste de cœur, à vingt ans, ne pouvait jamais être un bon citoyen à cinquante, et qu'un homme fidèle à son serment sous les Bourbons ne serait qu'un traître sous la République!
Vous voyez où cette belle logique a mené la République. Mais passons!
XIII.
M. de Marcellus raconte les entretiens confidentiels qu'il eut avec la duchesse d'Angoulême.—Elle ne se fiait pas plus que nous, la noble femme, aux ordonnances, coup d'État désarmé. La législation des coups d'État, c'est la conscience de celui qui les tente, mais il ne faut pas les manquer.
Elle ne m'a jamais calomnié dans son exil, celle-là! Que la pitié de la terre et la bénédiction de Dieu la suivent dans sa tombe! Princesse tragique dès son berceau, elle fut triste jusqu'à la mort. Les Français l'en ont accusée; voulaient-ils donc qu'elle dansât sur les cadavres de son père et de sa mère? La tristesse est la bienséance des victimes.
XIV.
Le livre finit par une réflexion touchante et haute que M. de Marcellus prit ou imputa à Massillon, et qui fit relever la tête de M. de Chateaubriand vieilli, qui ne pouvait supporter sa verte vieillesse.
«Que sont maintenant, lui disait-il avec la pompe en deuil de ses entretiens familiers, que sont tous ces beaux fleuves si célèbres dont nous avons vu l'un et l'autre les bords?—De tristes souvenirs qui nous reprochent notre vieillesse.—Non! non! m'écriai-je, dites de beaux souvenirs qui embellissent nos derniers jours. Pourquoi donc le cœur serait-il sans force contre ces conditions de la vie? Il faut bien, ajoutai-je lentement, que l'affliction soit de quelque profit aux hommes, puisque Dieu si bon a pu se résoudre à les affliger.»
XV.
Ainsi finit le livre par une réflexion morose sur la vie, et par une réflexion juste et consolante, pleine de confiance en Dieu qui a fait ou permis la douleur.