Xénophon, disciple aussi, mais disciple plus sincère et plus littéral que Platon, parle de Socrate comme d'un philosophe aux yeux duquel les institutions sociales et politiques n'avaient qu'une importance très-secondaire, et qui s'occupait infiniment plus d'améliorer les hommes que de les constituer.
La question pour le vrai Socrate, c'étaient les dieux, ce n'étaient pas les lois.
Xénophon insinue même formellement que Socrate fut bien moins condamné à mort pour ses audaces contre la religion de l'État, que pour n'avoir pas voulu partager assez les rancunes des factions populaires qui lui reprochaient son indifférence politique.
En lisant attentivement Xénophon, nous avons acquis la presque certitude que dans les Dialogues, les choses sublimes et simples sont de Socrate, et les choses sophistiques et alambiquées sont de Platon.
Les Dialogues seront éternellement et justement lus et exaltés pour ce qui est de Socrate, éternellement et justement réprouvés comme sophistiques pour ce qui est de Platon.
C'est la traduction faussée d'une belle âme de l'humanité par un bel esprit d'Athènes.
XL.
En résumé, je vous en ai dit assez pour vous donner de la philosophie grecque, à son apogée, une idée que nous compléterons en étudiant bientôt ensemble la philosophie d'Aristote.
Aristote est le disciple sensé du disciple souvent si peu sensé de Socrate.
Il fut l'instituteur et le conseiller politique du plus grand des Grecs en génie, en politique et en héroïsme: Alexandre.