Elle nous ouvrit une salle basse, un peu isolée, au fond de laquelle un adolescent studieux, d'une belle tête lourde et sérieuse, écrivait ou lisait, loin du gai tumulte de la maison: c'était Victor Hugo, celui dont la plume aujourd'hui fait le charme ou l'effroi du monde.
Il avait déjà écrit cette élégie qui seyait si bien à un enfant-roi sur la mort d'un roi-enfant, Louis XVII, cette victime innocente de la brutale démagogie d'un savetier, bourreau volontaire. L'enfant-roi, sortant du sépulcre où on l'a jeté à la fosse commune, secoue son linceul et, rappelant ses souvenirs confus, s'écrie en revoyant la terre:
Où donc ai-je régné? demandait la jeune âme.
De telles inspirations étaient évidemment les pressentiments d'un grand poëte. Tout ce qui avait une âme sous un cœur quelconque en était ému.
VIII.
On peut changer de devoirs dans la vie, selon le temps, qui commande rudement aux vivants d'autres destinées qui sont des devoirs aussi, mais il ne faut pas répudier notre destinée initiale.
Les événements ont des vicissitudes, le cœur n'en a pas. Nous avons été contristés en lisant dans les Misérables un chapitre intitulé: Ce qu'on faisait en 1817. La Restauration fut notre mère; est-ce à nous de lui arracher son manteau après sa mort et de montrer sa nudité à ses ennemis pour leur donner la mauvaise joie de ses ridicules et de ses fous rires?
Non, la bienséance, même quand elle est triste, n'est pas seulement une convenance, elle est une vertu! C'est la fidélité des catastrophes; n'y manquons pas, le ridicule est le père des régicides.
Ce n'est pas à l'enfant sublime de Chateaubriand de donner le signal du rire aux hommes qui rient du malheur et de l'infirmité du vieillard.
Effacez ce chapitre: la verve moqueuse ne donne de l'esprit qu'aux méchants; le génie est bon, car il est divin.