Je prévoyais que la Grèce ressuscitée, non par son génie propre, mais par un roi allemand, ne contenterait ni les Grecs ni les Turcs; la question se réduisait donc, au fond, à savoir si nous préparerions aux Russes l'empire de la Méditerranée; j'aimais mieux pour la France et pour l'Europe équilibrée les Turcs pour voisins que les Russes.

La bataille de Navarin, que nous ne livrerions certes pas aujourd'hui, ne fut donc à mes yeux que ce qu'est aujourd'hui l'unité piémontaise et anglaise en Italie: un solécisme en politique, une pierre d'attente de l'Angleterre, une sublime bévue de la politique d'opposition. Puisque nous l'avions purgée des Autrichiens, il fallait la confédérer comme l'Archipel grec en 1822, et la protéger, mais non la soumettre au joug des Cisalpins pour la laisser croître. La liberté ne s'improvise pas sous la tyrannie, encore moins sous l'anarchie.

XVIII.

Quoi qu'il en fût, M. de Marcellus, par esprit littéraire, et par esprit sérieusement chrétien, se mit à parcourir la Grèce nouvelle et l'Albanie, ni littéraire ni chrétienne, mais tour à tour, et selon le goût des Albanais, chrétienne ou mahométane comme son héros Scanderbeg, pour y chercher un nouvel Homère. Il n'y trouva rien que des chants dits populaires qu'on admira par parti pris, mais qui ne sont pourtant que des complaintes du peuple.

Défions-nous en toute langue de la poésie des rues, des mers et des montagnes, destinée à charmer les peuples ignorants. Cela est court, cela est monotone, cela est affecté ou trivial; cela contient cinq ou six images gracieuses, naïves, fortes, mais toujours les mêmes scènes: les airs que le berger siffle à son cheval, ceux que le matelot psalmodie à sa barque, couché à l'ombre de sa voile, ou l'amant à sa maîtresse au clair de lune. Ce n'est ni la malignité spirituelle et savante de Béranger, poëte d'opposition, épigrammatique, libéral, mais nullement populaire; ni la belle et naïve poésie homérique de Mistral dans son poëme antique de Mireille: c'est un patois pour les veillées des peuples de Provence!

C'est là un poëte populaire, ou plutôt c'est là un poëme écrit dans la langue du peuple avec les idées, les habitudes, les travers, les loisirs des amants, dans les basses classes des peuples!

Mais c'est Hugo, Vigny, Dumas, Laprade, Marcellus, Autran, Lamartine, qui les lisent.

Le peuple n'a ni le goût ni le temps, il a l'haleine courte; s'il est pieux, un couplet des cantiques de Marseille; s'il est impie, un couplet de Béranger, voilà son affaire; s'il est soldat, une strophe armée de la Marseillaise; voilà la poésie populaire. Or la Marseillaise, sublime en musique, est peu admirable en poésie; c'est un beau chœur des frontières de la France résonnant au pas de charge sous les pieds de l'étranger; mais les paroles sont des cris et non un poëme.

M. de Marcellus, comme M. Fauriel son devancier, ne rapporte donc que des scènes poétiques et peu de poésie. Quelques-unes de ces scènes sont de Salvator Rosa, quelques autres de l'Albane, jugez-en:

LES VOLEURS.