COMMENTAIRE.

«C'est toute une idylle que cette plainte du pauvre petit berger de la montagne. Que de grâce et de naturel! On l'entend pleurer en chantant.

«Ce Vaï, qui revient à la fin de chaque couplet, comme un sanglot, est-il un mot grec ou étranger, une interjection improvisée, un dérivé du grec ancien ovaï, ou bien une construction du verbe grec moderne βαγἱζειν, vagir comme les enfants? C'est ce que je ne saurais dire; mais ce Vaï se comprend et se répète même quand on ne peut l'expliquer: c'est un cri de détresse jeté aux échos comme la dernière note prolongée d'un chant montagnard.

«Je montais un soir la colline du couvent de Saint-Nicolas, dans l'île de Prinkico, lisant, apprenant ou commentant l'Odyssée, mon livre favori; et, suivant une coutume de ma jeunesse qui m'est restée, m'arrêtant à chaque vers comme à chaque détour du sentier, pour cueillir les glaïeuls, les asphodèles et les premières églantines.

«Je m'étais déjà retourné mainte fois dans ma lente ascension, pour admirer ces merveilleux aspects qui s'étendent des montagnes de la Thrace et de l'Asie Mineure, des murs du sérail et des rivages de Chalcédoine, s'avançant sur leurs flancs et à leur ombre jusqu'aux rivages plus rapprochés de Calki et d'Antigone, fermant ainsi le cercle du lac le plus vaste et le plus azuré.

«J'avais compté les voiles du golfe de Nicomédie, se dirigeant vers les ports de Stamboul, et venant raser les écueils des îles des Princes pour y chercher quelque brise de terre favorable à la navigation, lorsque je rencontrai un enfant qui revenait de l'école du monastère, portant sous son bras son panier de provisions, et ses livres de l'autre.

«À ma prière, il s'arrêta et me suivit sous un ébène voisin de la route: là, j'ouvris un de ses cahiers, où je trouvai copiés des passages d'Homère, des fables d'Ésope, et sur une feuille détachée, parmi les distiques modernes, cette chanson populaire, les Voleurs, qu'il récita en riant lui-même des plaintes du pauvre berger. Je lui demandai s'il consentirait à s'en priver pour moi: il me l'offrit sans hésiter, assurant qu'il la savait tout entière, et que d'ailleurs plusieurs de ses petits camarades la savaient aussi.

«Comme l'entretien se prolongeait, je le priai de lire à son choix quelques lignes de son bagage élémentaire. Alors il prononça gravement et d'une voix haute ces deux vers de l'Iliade qu'on venait de lui donner à apprendre et à méditer pour sa leçon du lendemain:

Ἀτρεἱδη, μἡ ψεὑδε' ἐπιστἁμενος σἁφα εἰπειν,
Οὐ γἁρ ἐπἱ ψεὑδεσσι πατἠρ Ζευς ἔσσετ' ἁρωγὁς.

«Fils d'Atrée, ne mentez pas, vous qui savez si bien dire la vérité.—Car Dieu, notre père, ne sera jamais le soutien du mensonge.»