«Et mon jeune lecteur, en épelant ces vers, se reprit, comme s'il eût été devant le pédagogue, pour me faire sentir l'accent du mot ψεὑδεσσι, mensonge, sur lequel d'abord il n'avait pas assez appuyé.
«Émerveillé d'entendre retentir si mélodieusement la langue antique dans une bouche enfantine, je déposai quelques petites pièces de monnaie dans le panier vide; et l'écolier, après avoir porté une main à ses lèvres et à son front, s'éloigna en me disant: Que vos années soient nombreuses! Puis il se retourna souvent pour me regarder, jusqu'à ce que les arbres de la colline nous eussent dérobés l'un à l'autre, et pour toujours.»
LA BELLE DE SCIO.
«Au pied de la colline, à la lueur de la lune, dans le silence de la solitude et le calme de la mer, une belle est assise sur un petit banc de pierre, et tient sur ses genoux un petit chien.
«Elle accompagne son chant de sa guitare et fait entendre une voix angélique. Oh! que ne suis-je ta guitare! Que ne suis-je ton petit chien! Que ne suis-je, oh! que ne suis-je surtout ton amant aimé!
«Je vois encore dans le miroir de ma mémoire, si fidèle pour les images helléniques, ce petit tableau tel qu'il m'est apparu à Scio.
«Aux rayons de la lune, qui répand une si douce lueur dans ces régions asiatiques, aux derniers bruits que la mer apaisée jette sur la plage, les filles de Scio venaient, sur le banc de pierre dressé à la porte de leur maison, écouter les plaintes et les déclarations d'amour des jeunes hommes, quelquefois mêler leurs voix aux chants passionnés, au son du téorbe ou de la mandoline. Or cette chanson n'est qu'un des soupirs recueillis au milieu de ces coutumes qui proclamaient au loin l'antique réputation d'innocence attribuée, à toutes les époques, aux belles habitantes de l'île devenue si misérable.»
Il faudrait lire encore la complainte des blanchisseuses qui lavent le châle et la veste de l'étranger, pour qu'à son retour dans sa patrie, la mère et les sœurs n'accusent pas les filles de l'île de dureté et de parcimonie envers le pauvre matelot!