Tout cela n'est pas sublime, sans doute, mais c'est naïf et touchant.
Quand les chants populaires ne sont pas composés à froid par des poëtes politiques, ils ne sont jamais sublimes; le peuple ne l'est pas, mais il est peuple, c'est-à-dire nature.
C'est le caractère vrai des traductions de M. de Marcellus. Il ne faut pas y chercher des essences dans les bouquets de fleurs des montagnes, mais de la rosée matinale et des senteurs des champs. C'est ce qu'on trouve dans ce recueil.
XX.
Mais, à mesure que M. de Marcellus avançait en âge, il s'élevait plus haut que ses travaux pittoresques sur la Grèce moderne et populaire. L'âme totalement dégagée de l'esprit de parti, et se remettant entièrement à la Providence du sort de sa cause, il se contentait de rester fidèle pour lui-même, et ne s'inquiétait plus des fidélités ou des infidélités des autres. Il vivait hors du monde des événements; et se plongeait de plus en plus dans les études et dans les spéculations de la haute philosophie de l'ancienne Grèce.
C'est alors qu'il publia ses six volumes de la traduction de Nonnos, travail obstiné, mais malheureux. Qu'importait au monde actuel un poëme épique de plus sur les exploits de Bacchus, chanté après coup par un Grec chrétien, comme un écho mort que chanterait une croyance finie? Travail pour l'Académie des inscriptions plus que pour son temps.
Mais, peu d'années avant sa mort, il s'éleva, comme helléniste, comme savant et comme poëte, à des œuvres plus utiles et infiniment plus belles que tout ce qu'il avait fait jusque-là en littérature. Nous voulons parler de son dernier ouvrage, à peine publié, non encore connu, saisi par la mort sur le seuil de sa publicité: les Grecs anciens et les Grecs modernes; ouvrage très-neuf, très-original et très-philosophique en même temps que très-poétique; trésor véritable découvert par lui dans les littératures presque fabuleuses de l'arrière-Grèce.
Le premier morceau de ce beau recueil, exhumé du mont Athos, de l'île savante de Rhodes, des mystères de la Thrace, c'est le poëme de Médée et Nausicaé sur le Bosphore, par Apollonius de Rhodes, auteur argonautique.