Et il récita, au lieu de les lire, ces strophes dont Jules Janin a dit, en parlant des grands auteurs sauvés par une élégie immortelle:

«Peut-être un jour Adolphe Dumas, quand on le connaîtra mieux, quand on voudra le relire, avec la bonne volonté de tirer son nom de l'abîme, sera sauvé par son élégie à sa Colombe!»

Jugez-en vous-mêmes, âmes tendres, pour qui nulle tendresse de l'âme n'est perdue, quelle que soit la chose qui vous aime. Ce n'est pas un badinage que de perdre cruellement ce qui vous a aimé!

MA COLOMBE.
SA VIE.

Quand Flora reniait jusqu'à la Providence,
Et qu'après l'impudeur vint l'âge d'impudence
Et des amants qu'elle a trahis;
Il lui restait encor, tout meurtri de sa cage,
Un oiseau de boudoir, regrettant le bocage,
Et qui meurt du mal du pays.

Elle ne l'aimait plus, c'était gênant pour elle,
D'avoir à son oreille un cri de tourterelle
Et d'entendre la nuit, le jour,
Les reproches que font aux femmes inconstantes
Les oiseaux amoureux, dont les voix haletantes
Se plaignent des torts de l'Amour.

Alors on m'apporta l'amour de tous les âges,
La colombe des saints, des vierges et des sages,
Messager providentiel
Qui de tout temps, oiseau plus sacré que les autres,
Va, du front de Jésus aux lèvres des apôtres,
Porter les messages du ciel.

La colombe malade et les paupières closes
Posa sur mes deux doigts ses deux petits pieds roses.
Eh! d'où viens-tu, pour m'enchanter.
Bel oiseau d'Orient, lui dis-je, et de l'Aurore?
Et du dernier soupir qui lui restait encore,
Le mourant se mit à chanter.

Depuis ce jour et tous les jours que Dieu fait naître
Elle n'a plus quitté ma chambre ou ma fenêtre.
Tous les matins à son réveil,
Esclave de son cœur, mais libre de ses ailes,
Les ouvre comme deux éventails de dentelle
Et les étend à son soleil.

Son parc a quatre murs, et sa verte prairie
Fleurit depuis dix ans sur ma tapisserie.
Sans volière et sans pigeonnier,
N'ayant rien et pas même une cage où la mettre,
Je lui dis: vole, et prends chez moi comme ton maître,
La liberté d'un prisonnier.