Chaste, elle entend gémir les tendres hirondelles,
Les passereaux légers, les ramiers infidèles,
Mais en repousse les aveux.
Elle sait que je l'aime, et, pour ma récompense,
Elle vient sur mon front, comme un oiseau qui pense,
Faire son nid dans mes cheveux.

On redevient enfant, dit-on, quand on est père,
On passerait sa vie à faire sa prière
À genoux devant un berceau.
Ayez une colombe, et n'importe laquelle,
En vivant avec elle, en jouant avec elle,
Avec elle on devient oiseau.

Ainsi quand je suis seul, ainsi quand je m'attriste
Des misères de l'art et du métier artiste,
Écrire, alors m'est odieux.
Elle vient sur ma page, et m'empêche d'écrire,
Et bat de l'aile, et part d'un long éclat de rire
Qui nous fait rire tous les deux.

Elle se dit: Voilà mon ami qui travaille.
Et vole sur les toits chercher un brin de paille,
Ou bien quelque autre chose ailleurs,
Et vient le déposer au milieu d'un poëme,
Sur les vers que je lis d'un poëte que j'aime,
Et souvent ce sont les meilleurs.

Son luxe, c'est d'avoir sans cesse, toujours pleine,
Sa baignoire, et plein d'eau son plat de porcelaine,
Elle y plonge, et me fait soudain,
Son lac au fond des bois, dont la source remonte
Aux jardins de Paphos, de Gnide et d'Amathonte,
Du Nil, du Gange et du Jourdain.

Agitez un mouchoir, le blanc c'est son symbole,
Elle décrit dans l'air la même parabole,
Et vient chanter sur votre main.
Un bouquet dans un vase, ou sur la cheminée,
Le matin elle y fait son lit de la journée,
Et le soir, jusqu'au lendemain.

Comme un ruisseau limpide, Ève amoureuse d'Ève
Son amour idéal, l'autre amour qu'elle rêve
Elle l'a vu dans un miroir,
Et donne à son image, inquiète et jalouse,
Tous les baisers d'amante et jamais ceux d'épouse,
Comme l'amour qui vit d'espoir.

Elle est devant sa gloire et devant son image,
Elle la trouve belle, elle lui rend hommage,
Mais elle garde son honneur.
Et douze fois par jour, sur son trône de reine,
Elle écoute à ses pieds ma pendule d'ébène,
Sonner douze heures de bonheur.

Mais quel nom te donner, bel oiseau sans mélange,
Pur comme les esprits, ailé comme les anges?
Je ne sais comment te nommer.
Pour l'homme de prière et pour l'homme d'étude
La colombe au désert, Dieu dans la solitude,
Leur nom? C'est le besoin d'aimer.

À moins qu'un noir vautour, ou quelque oiseau d'Asie,
Ou l'oubli de son maître, ou de la poésie,
Ou les romans qu'elle aura lus,
Ne l'enlèvent aussi pour être malheureuse,
Et passer de l'amour à la vie amoureuse
Jusqu'à ce qu'elle n'aime plus,