Eh bien! ce don de Dieu, qui chantait tout à l'heure,
Je pleure et je l'attends, je l'appelle et je pleure.
Et dites-moi si j'ai raison:
Mon miracle d'amour, ma colombe adorée.
Un chien de boucherie, un chien l'a dévorée
À la porte de ma maison.
Comment? je n'en sais rien, Dieu seul en sait la cause;
Sitôt que nous aimons quelqu'un ou quelque chose,
La Mort dit: pourquoi l'aimes-tu?
Et notre Ève est partout, partout le mauvais ange,
Un bel oiseau qui chante, un chien fou qui le mange,
Voilà le sort de la vertu.
Oh! loi, cruelle loi, si tu n'étais pas sainte!
Faut-il ne rien aimer, ou n'aimer rien sans crainte?
Pas même sa mère ou sa sœur,
Ni la fleur, ni l'oiseau, ni l'enfant, ni la femme?
Alors, mon Dieu, pourquoi nous donnez-vous une âme?
Pourquoi me donniez-vous un cœur?
Elle est morte à présent et votre loi m'accable,
Qui veut que l'innocent meure pour le coupable;
Mais n'importe, je m'y soumets.
Vingt fois depuis vingt ans, ô ma belle colombe!
J'aurai fermé les yeux pour adorer la tombe
Où j'ai mis tout ce que j'aimais.
À Paris, je dirai, car il faudra tout dire,
Que les petits enfants ont pleuré ton martyre,
Et, vieux, te pleureront longtemps.
Elle est morte, dirai-je, un jour d'imprévoyance,
Mais elle est morte aimée, elle est morte en Provence;
Elle est morte un jour de printemps.
Morte parmi les fleurs, morte comme une rose
Qui demandait d'éclore et qui n'est pas éclose,
Et c'est ainsi qu'elle finit.
Vierge comme une vierge au jour de sa naissance,
Elle a fait de l'amour son rêve d'innocence,
Elle n'a jamais fait son nid!
Et toi, dans ma douleur demeure ensevelie,
Je ne t'oublîrai pas, si le monde t'oublie.
Adieu donc, ma compagne, adieu!
Et pour ne plus mourir, ma colombe chrétienne,
Tu n'as pas d'âme? Prends la moitié de la mienne,
Et recommande l'autre à Dieu.
On n'applaudit pas, car on pleurait; il avait les yeux mouillés lui-même; il se leva péniblement, comme en sursaut, avec l'aide du bras de son frère, qui l'emporta à travers ma cour jusqu'à son fiacre.
Et je ne le reverrai plus.