Là, tu estimes à son prix la vaine renommée que donnent les hommes à ceux qui, dans le langage terrestre, cadencent le mieux leur pensée, ou qui, se sentant plus forts que le vulgaire, parlent en images fortes comme eux, et s'expriment en images pénétrantes et neuves, au lieu de balbutier des pensées communes dans un jargon tout fait!
Tu ris de ceux que le siècle exalte, parce qu'ils répètent les banalités et les sophismes convenus de leur époque; tu plains ceux qui, comme toi, pensent leurs pensées à part de la foule, qui les écrivent ou qui les chantent, ou qui les convertissent en action, et qui, de leurs chants et de leurs actes, ne recueillent que l'envie ou le dédain.
Tu vois tout à la vraie lumière, tu nages dans la vérité! Tu t'abreuves de la divinité des choses idéales, cette divinité du monde supérieur où tu vis!
Triomphe, âme sublime et tendre! prie pour les amis que tu as laissés ici-bas, et entre dans ta vraie place, dans le ciel des poëtes, des martyrs, pour chanter et combattre avec eux; et entre aussi dans le ciel des colombes, où tu as retrouvé la tienne qui t'attendait; symbole de tendresse et d'inspiration, pour t'aider à aimer ton Dieu dans l'éternité, communion de ceux qui s'aimèrent dans la région des larmes!
Lamartine.
LXXXIe ENTRETIEN.
SOCRATE ET PLATON.
PHILOSOPHIE GRECQUE.
PREMIÈRE PARTIE.
I.
Toute littérature, comme toute civilisation, a pour dernier terme une philosophie.