La philosophie est la pensée du cœur humain, dont la littérature n'est que la parole; la pensée est le fond de l'homme, la littérature n'est que la forme. Ne vous étonnez donc pas que la philosophie occupe le premier rang dans un cours sérieux de littérature.

Nous vous exposerons successivement tous les différents systèmes de philosophie qui ont possédé tour à tour le monde, depuis celle de l'Inde primitive jusqu'à celle du christianisme, en passant par Zoroastre, en Perse; par Pythagore, en Italie; par Salomon, en Judée; par Anaxagore, Socrate, Platon, Aristote en Grèce; par Mahomet, en Arabie; par Confucius, en Chine; par saint Paul, à l'éclosion des dogmes chrétiens, à Jérusalem ou à Éphèse; par saint Thomas d'Aquin, dans le moyen âge; par Descartes et par les philosophes du dix-huitième siècle en France; enfin par les philosophes allemands et anglais de ces derniers temps. Ce sont là à peu près les seules nations antiques ou modernes et les seules époques qui aient eu des philosophies transcendantes; les autres n'ont eu que des philosophies populaires.

Nous allons commencer, pour vous allécher à cette sublime étude, par la plus lumineuse et par la plus éloquente de ces philosophies, dans la forme: celle de Platon. C'est la philosophie de la raison pure, illuminée par l'imagination, et quelquefois égarée par elle; c'est la plus difficile des philosophies que celle qui ne relève que du raisonnement, au lieu de relever de la foi; car tous les hommes ont assez d'imagination pour croire; un très-petit nombre ont assez de lumières pour raisonner.

II.

Mais, avant de feuilleter avec vous Platon, disons ce que nous entendons ici par philosophie.

Ce mot veut dire amour ou zèle de la SCIENCE; mais quelle science? la science des sciences, la science suprême, la science première et la science dernière, la science surnaturelle, c'est-à-dire la science des choses qui sont au-dessus de la portée des sens.

Cela était nécessaire à vous dire pour ne pas vous laisser confondre cette philosophie surnaturelle, ou cette science des choses invisibles et impalpables, avec toutes ces autres sciences naturelles qui se sont appelées aussi improprement du nom de philosophie, mais qui n'ont pour objet que les choses sensibles et matérielles, telles que la physique, la chimie, l'astronomie, les mathématiques.

Ces sciences systématisées sont des philosophies aussi, si vous voulez, mais ce sont des philosophies inférieures, secondaires, subalternes, courtes, finies, parce qu'elles ne touchent qu'à la matière et à ses phénomènes, et parce qu'en enseignant une multitude de faits, elles n'enseignent néanmoins directement aucune vertu et aucune immortalité.

Voilà pourquoi, quand il s'agit de philosophies surnaturelles, telles que celles dont nous allons vous entretenir, on a confondu le mot de sagesse avec le mot de science, et l'on a dit: La philosophie est l'amour ou le zèle de la SAGESSE. Cette science-là, en effet, englobe et domine toutes les autres, parce qu'elle est la science de l'âme elle-même, la science de l'infini, la science de Dieu, la science de nos rapports avec l'Être des êtres, la science de notre origine, la science de notre vie morale, la science de notre fin!

Pouvait-on appeler d'un autre nom que sagesse cette science qui enseigne à l'homme où il est, ce qu'il est, où il va, et comment il doit penser, agir, adorer, vivre, mourir et revivre?